La chanteuse et le chanteur

Retour à l'index le-chant.eu



Quarte. 4:3 Quarte 4:3
Tierce maj. nat. 3:4 Demi-ton Ton disjonctif Tierce mal. nat. 5 :4 Demi-ton
Ton min. x0;9 T ou maj, g ; 3 mai. 08: r5 9:8 Ton min. ro: g Ton maj. g:8 164 16:15
Tierce min. nat. 6:5 I
rTierce min. nat. 6 :5
Tierce maj. nat. 5: 4
O
1 Tierce min. nat. 6:5
0%,
314 LIVRE U. — CHAP. IV.
ses défauts, au point de vue de la musique moderne'. Bornons- nous à dire que le diatonique synton engendre une succession- mélodique d'une pureté et d'une limpidité remarquables. Mais la complication de son accord devait tendre son emploi rare et très-difficile pour les changements de ton. Ptolémée en parle dans ces termes : « Si nous avons égard au caractère exact [des sons-1 et
« non à la facilité de la modulation (ou métabole), nous nous accor-
« derons selon le diatonique syntone. » Des paroles de Ptolémée nous devons conclure que le diatonique exact ne sortait guère du domaine de la théorie : de même que chez nous, il était ordinairement remplacé dans la pratique par le pythagoricien plus ou moins tempéré. C'est au reste ce que Ptolémée affirme expressément,.
Ton maxime Jusqu'ici il n'a été question que de deux espèces d'intervalles de ton. Mais il en existe une troisième, dont l'amplitude est plus grande que celle du ton majeur; elle se trouve entre le septième et le huitième son de l'échelle des aliquotes, et s'exprime en conséquence par le rapport 7 : 8. Comme cet intervalle dépasse le ton pythagoricien de plus d'un comme , nous l'indiquerons par une double barre sous la note inférienre (exemple ut—si b, sol—fa), et nous l'appellerons ton maxime. Au XVIIIe siècle, Kirnberger avait essayé, sans succès, de le faire adopter dans la pratique musicales; mais depuis Beethoven, il s'y est exceptionnellement
Be récentes investigations de M. Meerens expliquent les phénomènes physiologiques qui se rattachent. aux diverses combinaisons des rapports numériques des intervalles musicaux, tels que la tonalité, le caractère et la fonction tonale de chaque degré de la gamme, les accents mélancoliques du mode mineur, les tendances résolutives des dissonances et le sentiment de repos de l'accord parfait. Les découvertes de M. Meerens, appuyées sur des expériences précises et réitérées, coordonnent une théorie nouvelle qui mérite d'être prise en sérieuse considération. Cf. Phénomènes musicoihysiologiques. Bruxelles, 1866, et Hommage à la mémoire de Me Delezenne. Bruxelles, Schott, 187o.
2. PTOL., II, I. — Cf. WESTPHAL, Metrik y If p. 436. •
3 « Lorsqu'ils chantent [prétendà »ment] le diatonique synlon, ils s'accordent selon un
« autre genre [de diatonique]', apparenté au premier et d'ailleurs très-usuel : car aux
« deux espaces supérieurs ils font des intervalles de ton majeur et au troisième [l'infé-
« rieur], ce qu'ils supposent un demi-ton, mais ce qui est, à parler rationnellement,
« un lionne. s Prot.., I, s6.
4 Le ton maxime (7 8) contient ro 3/4 il diffère d'avec le majeur (8: 9) dans
le rapport de 63 : 64. En effet 7 : 8 56 : 64 et 8 : 56 : 63.
s Il avait proposé de désigner dans la sohnisation allemande le son 7 par la lettre i.
NUANCES. 315
introduit par l'emploi fréquent du cor'. Qui ne se rappelle l'effet extraordinaire du sit, septième son de l'échelle acoustique, dans le choeur d'Euryanthe et dans cette fanfare de Rossini :
Les anciens semblent avoir eu pour cette dissonance mélodique une prédilection marquée. En effet, outre les nuances dont il a été déjà fait mention, ils employaient deux variétés du genre diatonique, caractérisées par l'usage du ton maxime, et différenciées par la position de cet intervalle dans le tétracorde. Le ton maxime y était placé de l'une des deux manières suivantes :
I° entre les deux sons moyens :
la sol fa mi
8 : 7
2° entre les deux sons les plus aigus :
la sol fa mi
8 : 7
La première combinaison produit le diatonique moyen (8totrovo thgeov), dit aussi toniaion ou entonone. Ptolémée l'appelle moyen, parce qu'il tient le milieu entre le diatonique tendu, où les cordes ont le maximum de tension, et le diatonique amolli, où elles sont le plus relâchées.• L'intervalle aigu du tétracorde est un ton majeur; l'intervalle moyen, un ton maxime; les deux réunis constituent la tierce maxime (sil> — ré, fa —la)3, exprimée par" le
t Cf. le trio des cors dans le scherzo de la Symphonie héroïque.
I Les mots toniaion (revis etior) et entonou (Lrovor) sont synonymes de syntonon; tous ont le sens de tendu. — Porphyre (p. 33g) appelle cette nuance yévoe Fracciaii, brOYOu. 3 Selon la division d'Archytas, la tierce maxime se trouve dans le tétracorde enharmonique entre la mèse et la parhypote.— D'après la théorie de M. Meerens, cet intervalle se rapproche beaucoup de notre tierce majeure dissonante 25 : 32, située entre le sixième degré de l'échelle mineure et la tonique supérieure. L'excédant de l'intervalle 7 : 9 sur la tierce naturelle (4: 5) est de 35 : 36; puisque 4: 5 = 28 : 35 et 7 : 4 = 28 : 36.
Diatonique
moy.a.
316 LIVRE II. — CFTAP. IV.
rapport 7 : g ou g : 7. Pour compléter la quarte, il reste au grave un intervalle qui n'a que la grandeur du' diésis enharmonique, dont l'expression numérique, selon Archytas, est 27 : 28. Voici un octocorde entièrement accordé selon cette nuance :
o
o
o
Le ton maxime ne peut s'obtenir dans la pratique par une combinaison de consonnances (quintes, quartes ou même tierces); on ne peut se le procurer que par un troisième mode d'accord : la comparaison mélodique des sons, procédé essentiellement approximatif, incertain et arbitraire'. En accordant par quartes ascendantes et quintes descendantes, à partir de la mèse (la), on obtient un fa plus bas d'un comma que la tierce naturelle ; ce fa, il suffit de le relâcher d'un comma en plus pour qu'il fasse un ton maxime avec le degré supérieur.
5 tu- 45a av. J C. Dès la période de l'art classique, le diatonique moyen fut'
employé concurremment avec le diatonique pythagoricien, dont il n'est, à vrai dire, qu'une exagération ; certains indices donneraient même lieu de supposer qu'il plaisait davantage à l'oreille des Grecs. Archytas n'en mentionne pas d'autre. La nôtation diatonique, telle. qu'Alypius nous l'a transmise,- est conçue en vue de cette nuance. Quatre siècles après Archytas, Ptolémée affirme que « la propriété de pouvoir se chanter sans mélange d'autres
« nuances appartient presque exclusivement au diatonique moyen;
« les autres variétés du même genre, au contraire, se combinent
« difficilement avec elles-mêmes, et se joignent de préférence au
« diatonique moyen. » Sur l'usage pratique de cette nuance; il donne le renseignement suivant : « Le diatonique moyen s'emploie à l'état
« isolé, dans les manières d'accorder que les lyrodes appellent
« stéréa, et les citharèdes, accords des frites et des hypertropese. »
• Les sons obtenus par ce mode d'accord seront désignés par des notes noires dans
les octocordes-types transcrits en notation moderne, par des caractères romains minuscules, lorsque nous nous servons des syllabes guidoniennes (et, A, mi, etc.).
e Liv. I, ch. 16.
Quarte 4:3
Tierce maxime 9:7 I DM. MIL Ton disj.
Ton snaj. : 8 Ton max., 8:7 28:27 9: 8
Quarte 4 :3
Tierce maxime 9:7 I Diés.enh.
Ton maj. g: 8 Ton max. 8: 7 28'
NUANCES. 317
Plus loin, l'auteur ajoute que les manières citharodiques dites « des frites » appartiennent à l'octave hypOdorienne, et que les hypertropa sont du mode phrygiens. Les paradigmes de Ptolémée, étant transcrits dans notre échelle sans dièses ni bémols, produisent les octaves suivantes :
A considérer les parhyjbates et les trites comme des sons purement mélodiques, les deux modes deviennent pentaphones; Phypodoristi n'a plus ni tierce ni sixte harmoniques, la modalité phrygienne (tonique sol) est privée de quarte et de septième.
Le ton maxime placé à l'aigu du tétracorde caractérise le Diatonique diatonique enalakon ou amolli (8dereevoy ithorla,n6). Le second urnes.
intervalle en descendant est un ton mineur (g : Io); un demi-
ton plus petit que le limma, et exprimé par le rapport 20: 21, .complète la quarte. Si l'on ajoute à l'aigu d'un tétracorde ainsi divisé le ton disjonctif, dont la grandeur est invariablement celle du ton pythagoricien (8 : g) , les trois espèces de tons se trouvent juxtaposées de la paramèse à la parhypate.
Quarte 4: 3
Ton max. Tierce minime 7:6
8 ; 7 Ton mineur Demi-ton
zo: g 21:20
La tierce majeure fa —1a s'exprime par le rapport 63 : 8o; elle est conséquemment un peu plus grande que le diton pythagoricien et plus petite d'un comma (8o : 81) que la tierce maxime (7 : g = 63 : 8i) ; mi — sol est une tierce minime, intervalle situé entre les sons 6 et 7 de l'échelle acoustique; seuls les sons stables
Liv. II, ch. 15.
Won mai.
9:8
39
318 LIVRE II. — CHAP. IV.
sont justes. C'est assez dire qu'une telle nuance, très-étrange pour notre oreille, ne pouvait se produire que par un relâchement presque arbitraire des cordes. Et cependant elle fut toujours en honneur parmi les Hellènes : la polémique d'Aristoxène avec les adversaires de l'enharmonique en fournit la preuve évidente.
« Beaucoup de musiciens, » dit-il, « font valoir cette circonstance,
« que le diésis enharmonique ne peut s'obtenir pà r [une suite de]
« consonnances, comme l'on obtient le demi-ton, le ton et autres
« intervalles [semblables] . Mais ils ne prennent pas garde que,
• suivant ce principe, ils devraient exclure aussi de l'usage les
« intervalles contenant trois, cinq et sept diésis', et tous les inter-
« valles impairs en général, puisqu'aucun n'est engendré par des
« consonnances. De ce nombre seraient tous ceux que le diésis
« enharmonique ne saurait mesurer exactement : d'où il résulterait
« que toutes les divisions du tétracorde seraient inutiles, excepté
• celles-là seules qui donnent des intervalles pairs, à savoir le
1( diatonique synton et le chromatique toniaion.... Mais [ces musiciens]
• eux-mêmes sont les premiers à faire usage des divisions du
tétracorde, dans lesquelles la plupart des intervalles sont ou '
• impairs ou irrationnels. En effet ils relâchent et amollissent
• toujours les lichanos et les parallèles » (conformément à la division du diatonique amolli); « sans compter qu'ils en font autant
« de quelques-uns des sons stables, en accordant ceux-ci à des intervalles irrationnels par rapport aux trites et aux parhypates. En sorte que dans l'usage des systèmes harmoniques, ils pré-
« fêtent ceux où la plupart des intervalles sont irrationnels,
« relâchant non-seulement les sons naturellement mobiles et
« variables, mais encore quelques-uns de ceux qui sont fixes et
immobiles2.... » Ptolémée nous assure que de son temps le diatonique amolli ne s'employait pas isolément ; cependant il se sert dé cette nuance pour définir les intervalles du système parfaits.
Diatopuiye égal. Il parle aussi d'un diatonique égal (4sciseneY ithoc›.cev), découvert
par lui, et dans la division duquel entrent deux intervalles
r L'intervalle aristoxénien de cinq diésis équivaut dans la pratique au ton maxime (7 : 8), celui de sept diésis à la tierce maxime (7: g).
2 PLUT., de Mus. (Westph., § XXI).
3 Liv. II, ch. Ir.
NUANCES. 319
étrangers à toutes les échelles musicales connues : le ton
minime, formé par les sons io et II de l'échelle des aliquotes', et 2° un intervalle plus petit auquel on ne saurait appliquer ni le nom de ton, ni celui de demi-ton; il est placé entre les sons II et 12 de la même échelle. Voici la division de l'octave entière :
Ton mineur Quarte 4:3 te: 11 Ton disjonctif Quarte 4: 3 12:11
Io: 9 Ton minime 9:8 Ton mineur Ton minime
I1 : ro 10 :9 11:10
Tierce mineure 6: 5 I Tierce majeure 5 4 j I Tierce mineure 6 5
Malgré la singularité de ces intervalles, le diatonique égal se produit en grande partie par des consonnances; les parhypates et les trites seules doivent s'obtenir par surtension.
Ptolémée le caractérise en ces termes : « Il a une allure bizarre
« (esnzeirrEpov) et agreste (dcfyporzdrepo), mais d'ailleurs agréable; « de toute manière, il est trop accommodé à l'oreille pour
• encourir en quoi que ce soit le dédain, tant à cause d'un je .« ne sais quoi d'original dans la succession mélodique, que pour « la disposition ingénieuse du tétracorde. Disons de plus que,
• même employé sans mélange d'autres nuances, il ne procure
aucune sensation -déplaisante2.... » Il est certain que le diatonique égal est loin de sonner aussi étrangement à notre oreille que le malakon. Néanmoins il doit être envisagé simplement comme une curiosité scientifique, restée de tout temps hors du domaine réel de Farte.
Lit différence' entre le ton minime et le ton pythagoricien ou majeur est exprimée par le rapport 44:45; en effet 1o: n-40:44 et 8 : 9=40:45.
2 Liv. I, ch. 16.
3 « Si l'on divise le tétracorde entier en deux parties proportionnelles, ce genre (le
« chromatique synion) est composé de proportions successives, aussi rapprochées que
â–ª possible de l'égalité, c'est-à -dire des rapports 6 : 7 et 7 : 8, lesquels partagent en deux
• l'intervalle compris entre les deux points extrêmes. Or, une semblable disposition est n la plus agréable à l'ouïe et nous suggère un nouveau genre, fondé sur la donnée
n suivante : prendre comme point de départ la beauté mélodique (f'.u.itteXtict) résultant de
Chinai 32o LIVRE H. — CHAP. IV.
chromatiques. Le genre chromatique a ses nuances, comme le diatonique ; chez les aristoxéniens il en avait même davantage. Cette surabondance s'expliquera d'elle-même, si l'on veut bien se rappeler que le chromatique était principalement employé dans l'une des branches de la musique instrumentale pure, la citharistique; n'étant point arrêtés par des difficultés d'intonation, les virtuoses antiques ont pu y donner libre carrière à leur fantaisie. Aussi chacun des auteurs principaux a-t-il ici sa division particulière.
Le chromatique usuel de l'époque classique, ainsi que le diatonique d'alors, parait avoir été celui des vieux pythagoriciens , identique avec le chroma toniaion d'Aristoxène. Outre les sons stables, les oxypycnes proviennent de la série des quintes. Quant aux mésoPycnes , étant en dissonance avec leur tierce aiguà «, ils ne pouvaient s'accorder que par relâchement arbitraire.
A B
Ce qui produit l'échelle suivante, :
Quarte Tierce min. pyth. 4 3 Ton majeur Quarte 4:3
32:27 g Tierce min. pyth.
30:27
Ton majeur Ton majeur
g:8 9 : 8
apotame limma apotome iimma
2187 2048 256 243 :2048 256 : 243
4:i ru la





Retour à l'index le-chant.eu