Ai-je assez de souffle

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Pour mieux s'écouter, et même s'il a une bonne oreille, il aura besoin d'une écoute extérieure. Il ne faut pas qu'il sous-estime l'importance d'avoir un bon professeur de chant qui l'aidera à ne pas prendre de mauvais plis. Le professeur sera son miroir il saura à la fois lui faire voir ses problèmes et lui donner une image positive de lui-même. Par ailleurs, tout chanteur doit être attentif à l'aménagement du son sur scène et à l'impact des
bruits ambiants sur son interprétation. ll doit pouvoir s'entendre dans l'ensemble qu'il forme avec les musiciens et les spectateurs pour bien ajuster sa voix : c'est de la toute première importance.
VOIX JEUNES OU VIEILLES ?
Même si on entend de fort jolies voix chez les jeunes, les voix ne sont vraiment matures que vers l'âge de trente ans. Jusqu'à cet âge, le corps prend de la maturité, le larynx complète sa
Laurence Jalbert
croissance et la maturation personnelle s'intègre dans l'expression du corps. Voilà pourquoi la voix se révèle tardivement. Malgré l'engouement compréhensible pour les voix d'enfants et la fascination pour les voix de castrats, on ne saurait trop encourager le jeune chanteur à rester patient, à ne pas forcer le jeu et à rester à l'écoute de sa voix pour la développer correctement.
Comme l'art du chant doit toujours conduire à chanter sans effort et avec plaisir, l'objectif
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est d'arriver à chanter selon une technique vocale devenue réflexe à force d'entraînement.
En fait, avant que les automatismes laryngés soient suffisamment installés dans la mémoire musculaire pour que les prestations se déroulent avec naturel, il faut généralement compter cinq ans. Il faudra même quelques années supplémentaires de vocalises et de bonnes habitudes de repos vocal pour en avoir la maîtrise totale.
Autrement dit, pour qu'une voix se transforme en ensemble harmonieux et versatile permettant à l'artiste d'exprimer toutes les nuances du sentiment et de l'émotion, pour que le corps devienne un véritable instrument de musique, il faut y mettre la persévérance et la discipline vocale nécessaires.
Le chant ne peut donc s'enseigner en cours intensif de quelques mois, pas même en un ou deux ans. Le jeune chanteur, surtout s'il n'a aucune notion de musique ou de solfège, doit donc absolument résister à l'attrait de réclames d'écoles, de
professeurs ou de méthodes autosuffisantes préenregistrées qui font miroiter des résultats rapides. Il doit trouver le moyen d'avoir de plus en plus de plaisir à chanter et à apprendre à chanter.
Au bout de quelques mois, les premiers résultats encourageants lui donneront généralement le goà »t d'aller plus loin. Plus il se servira de ses résonateurs et des parties de son corps qui lui servent d'appui et de soutien, plus il trouvera facile de parler et de chanter sans appuyer sur ses cordes vocales, plus il aura le désir de continuer son apprentissage.
En résumé, la voix est un instrument qui se développe très lentement. Le jeune chanteur vraiment déterminé à faire carrière doit donc s'attendre à apprendre « sa » voix toute sa vie. S'il vit des moments d'impatience, il pourra toujours se conforter dans l'idée la voix vieillit fort bien et cette carrière qu'il envisage peut durer jusqu'à la fin de ses jours pour peu qu'il le veuille. Peu de métiers vieillissent aussi bien.
MA VOIX EST-ELLE BIEN CLASSÉE ?
On ne compte plus le nombre de voix mal classées. Et ce phénomène n'est pas propre au chant populaire. Combien de chanteurs d'opéra ont chanté comme ténors ou sopranos avant de vivre des accidents vocaux qui les ont amenés à mieux utiliser leur voix ou à abandonner leur carrière ? En effet, il y a tellement de gens qui s'improvisent professeurs de chant sans avoir les connaissances requises que bien des voix ont été classées, donc entraînées, exercées, programmées au-delà des capacités physiologiques du chanteur.
Les conséquences peuvent être très graves pour le chanteur. Tant que la voix est exploitée d'une manière qui ne convient pas, les cordes vocales se blessent à répétition avec, pour l'artiste, les résultats désastreux que l'on sait : annulation de spectacles, soins médicaux, arrêt de travail, rééducation vocale, perte de revenus, quand ce n'est pas carrément l'abandon de la carrière.
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Malgré tout, j'ai constamment eu des problèmes de voix. Quand je chantais avec mon groupe de musiciens, on me demandait de chanter en respectant très exactement la pièce originale. Alors je forçais ma voix, dans un contexte de bruit ambiant très élevé, d'alcool et de fumée, et je perdais souvent la voix. Un jour, un musicien rempla- çant a proposé de baisser la tonalité des chansons, et j'ai découvert que j'avais des basses et que je chantais tout en voix de tête. À ce moment-là , j'ai consulté mon professeur de chant et j'ai replacé ma voix dans la tonalité qui convenait à ma physiologie. »
Comment classe-t-on tradition- nellement les voix ? Pour le comprendre, il faut se référer aux notions de tessiture et de spectre acoustique abordées au chapitre 2, mais auparavant il faut poser la délicate question des registres.
REGISTRES
Si on fait faire une vocalise du plus grave au plus aigu à une personne qui n'a pas de forma- tion vocale, à un moment donné il y aura cassure dans la voix comme si on était en présen- ce d'une nouvelle voix. Chez tout chanteur inexpérimenté, on entend ce passage des sons de basses fréquences aux sons plus aigus qui fait appel à des configurations différentes du larynx.
L'endroit précis où est per- çue la sensation interne de ces configurations a long- temps servi à distinguer deux registres : la voix de tête, res- sentie dans la figure et le crâne, et la voix de poitrine, ressen- tie dans le thorax et la trachée. L'augmentation de la fréquence de vibration s'accompagne de
changements dans la longueur aussi bien que dans la tension des cordes vocales.
rains distinguent en outre une voix moyenne, aussi appe- lée voix mixte, qui se situe entre les deux registres avec un passage inférieur et supé- rieur. Bien que d'autres auteurs en contestent l'existence sur la base que cette voix ne correspond pas à un mécanisme particulier de production des sons, il semble qu'en chant pop, la voix mixte soit bien réelle.
Quoi qu'il en soit, la transition des notes basses aux notes aiguà «s n'est pas toujours imper- ceptible elle dépend du main-
Luce Dufault
tien de l'énergie vocale et du contrôle musculaire vers la nou- velle configuration laryngée.
jeu dans la production des sons de ces deux registres, mais re- tenons surtout qu'en voix de tête, le muscle crico-thyroïdien est davantage mis à profit alors que le mécanisme laryngé uti- lisé en voix de poitrine se ca- ractérise par la prédominance de l'activité des muscles thyro- aryténoïdiens, dont le muscle interne constitue le muscle vocal.
Le passage de la voix de poitrine à la voix de tête est souvent brisé par un mauvais contrôle de l'action du muscle crico-
Plusieurs auteurs contempo- Plusieurs éléments entrent en
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« Le travail sur ma voix n'a vraiment commencé que lorsque j'avais dix ou onze ans. je suivais des cours de chant d'opéra pour apprendre à chanter et pour développer ma voix de tête. Plus tard, à l'université, j'ai eu la chance d'interpréter un rôle assez complexe dans un opéra qui s'intitulait L'enfant et les sortilèges, grâce auquel j'ai pu mettre en pratique tous les apprentissages de mes études en chant classique et améliorer mon étendue vocale. Aujourd'hui, je reste une chanteuse alto, c'est-à -dire que je peux aller aussi haut que mezzo avec ma voix de tête, mais pas avec ma voix de poitrine. »
thyroïdien. En effet, ce dernier ne peut agir efficacement si le larynx est tenu très élevé dans le cou, ce qui survient lorsque la voix de poitrine est forcée dans les hautes notes.
La transition d'un registre à l'autre ne survient pas à une fréquence, ou note, précise. Il y a plutôt une étendue de fréquences dans lesquelles le chanteur se sentira confortable pour amorcer la transition de sa voix de poitrine à sa voix mixte et sa voix de tête. Tout dépend des dimensions inhérentes au larynx et de la maîtrise musculaire. C'est pourquoi la transition s'effectue différemment chez la femme et chez l'homme. La coordination nécessaire pour maintenir le
Nanette Workman
support expiratoire et la tension des muscles laryngés s'acquiert tout au long de la formation en chant.
Un mot aussi sur la voix de fausset, le (italien). On dit souvent des garçons qu'ils ont une voix de fausset qui les quitte après la mue. C'est une manière courante de se représenter ce qu'est cette sonorité : une voix imitant la voix féminine. Historiquement, le fausset a désigné des réalités différentes : la voix féminine, la voix de tête masculine au Moyen-à ,ge, la voix entre la voix de poitrine et la voix de tête. Actuellement, on le voit plutôt comme un mode de production de notes aiguà «s en voix de tête par un chanteur mascu-
lin. On s'entend aussi pour dire que le fausset peut soutenir la caractérisation de certains personnages, la création d'effets ponctuels et même la rééducation vocale (Miller).
L'esthétique du chant exige que le chanteur professionnel ne fasse pas sentir les passages. Tout l'art du chant repose dans la capacité à chanter harmonieusement dans les graves ou les aigus avec la même voix. D'ailleurs, les chanteurs à la voix plus travaillée diront qu'ils ont plusieurs « registres » où ils sont à l'aise, car ils auront appris à garder la même voix tout en allant, selon les cas, d'une voix de poitrine à une voix mixte ou encore à une voix de tête.
C'est pourquoi, même si le concept de registre est utile pour comprendre le déplacement des résonances dans l'appareil vocal et l'importance de la coordination musculaire, les professeurs de chant américains et européens qui dirigent actuellement les plus grandes voix, les Titze, Sadolin, Sundberg et Riley, abandonnent ces catégories au profit d'exercices
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vocaux sur mesure, conçus expressément pour chacun des chanteurs, selon sa physiologie, son emploi du temps, les conditions environnementales dans lesquelles il vit et travaille, ainsi que les effets sonores désirés, que ce soit le « son » country ou celui du ténor dramatique.
En ce qui a trait à la technique vocale, on recommande donc fortement au jeune chanteur de mettre à profit et d'exercer tous les muscles du larynx pour réussir à produire le plus vaste éventail de sons possibles. Cela ne l'exempte pas, toutefois, pour des raisons pédagogiques, de santé vocale et de répertoire, de bien identifier la zone de confort dans laquelle il peut chanter sans forcer sa voix et sans risque de blessures.
CLASSIFICATION
Le classement des voix a d'abord servi à la distribution des rôles pour les divers personnages masculins et féminins à l'opéra. Pour jouer tel rôle, il faut être ténor, pour tel autre, mezzo. Aussi n'est-il pas étonnant que
la classification de la voix préoccupe les jeunes chanteurs à la recherche d'un répertoire. Souvent, ils consultent un laryngologue dans l'espoir que l'anatomie de leurs cordes vocales et de leur gorge dicte une fois pour toutes une catégorie définitive. Ils le font parce qu'ils entretiennent l'idée préconçue que c'est la longueur de leurs cordes vocales qui détermine leur type de voix et ils s'attendent à ce que ce soit le laryngologue qui en établisse les paramètres.
Il est vrai que la longueur des cordes vocales détermine une partie des caractéristiques du son, mais la classification d'une voix doit également tenir compte de la qualité de cette voix et de sa hauteur. Autrement dit, le rôle des résonateurs, l'étendue des fréquences perceptibles entrent autant en ligne de compte que la fréquence fondamentale produite par la vibration des cordes vocales. Il revient donc plutôt au professeur d'établir le classement d'une voix.
En général, les cordes sont plus longues chez les hommes (18 à 24 mm) que chez les femmes
(14 à 19 mm) et correspondent à des voix plus profondes. Toutefois, déterminer la longueur des cordes vocales par un examen direct n'est pas une mince tâche, car le laryngologue ne doit considérer que leur membrane vibrante et ne rendre compte que des variations de longueur dues à la contraction des muscles vocaux.
De toute façon, la longueur des cordes vocales n'est pas le seul facteur qui influence la hauteur de la fréquence fondamentale : les changements de tension des muscles vocaux sont aussi en cause.
La forme et le volume des cavités buccales résonnantes sont également importantes puisqu'elles colorent la voix. Théoriquement, pour une longueur de corde donnée, la voix est perçue comme plus sombre si l'appareil vocal est plus long. Jusqu'à un certain point, les chanteurs peuvent contrôler la longueur de leur appareil vocal résonant en soulevant ou en abaissant leur larynx, ou en contractant leurs lèvres. En conséquence, il faudrait pou-
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voir fonder la classification de la voix sur des paramètres physiologiques dynamiques, mais il n'existe aucune méthode scientifique rigoureuse pour y arriver. Pour l'instant, il y a consensus sur trois critères : la tessiture, le passage et le spectre acoustique de la voix.
La tessiture est l'étendue des notes qu'un chanteur peut produire avec le maximum d'aisance. Les classes de tessiture sont les mêmes pour le chant classique et de variétés, sauf que leurs limites inférieures et supérieures sont différentes. En fait, elles sont toujours un peu plus
basses en chant pop (tableau 5.1). Par ailleurs, avec la technique dite du « belting », on peut élargir cette étendue vocale vers les aigus.
Quoi qu'il en soit, les étendues données ici le sont à titre indicatif puisqu'elles varient selon les auteurs, autant en chant classique qu'en chant pop. Par exemple, en chant classique, selon trois auteurs différents, les basses ont diverses étendues :
do2 à si3 C2 à B3
do2 à do4 C2 à C4
sibl à ré5 Bbl à D5 et les ténors aussi :
fal à ré3 Fl à D3
fal à mi3 F1 à E3
1-el à fa#3 D1 à D#3







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