Le larynx, la voix, techniques vocale
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à exagérer cette moyenne pour bien se démarquer du vibrato.
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voix de tête, avec de fréquents changements de registre. Il n'a aucune parenté avec le vibrato ou le trille ; le premier reste sur la même note, et le deuxième fait au maximum un ton de plus. Jodler implique de sauter brusquement d'une tonalité à une autre, généralement dans les notes très aiguà «s.
TECHNIQUES VOCALES
Au jeune chanteur qui cherche un encadrement de base, on offre quelques pistes de travail. Il tirera aussi profit d'une brève introduction à des techniques de raucité et d'amplification prisées dans la musique pop. Sans être les seules approches efficaces, elles ont le mérite d'avoir été expérimentées et d'avoir apporté les résultats les plus probants avec les artistes de variétés. Ce sont aussi celles qui ont eu la plus haute cote d'amour et d'appréciation de la part des étudiants en chant.
TECHNIQUES DE BASE
Tout professeur d'expérience attentif au développement harmo-
nieux de ses jeunes chanteurs décrouvre tôt ou tard qu'il faut utiliser une approche personnelle avec chacun. Les techniques de base présentées ici ont le mérite d'être communes au chant classique et au chant pop. Il n'en demeure pas moins que la préparation générale suit un canevas de base :
centrer sa colonne de son et apprendre à respirer ;
localiser et ressentir ses résonateurs et son masque (haut- parleur) ;
placer sa voix dans le masque, utiliser sa langue, contrôler l'ouverture de la bouche, la détente du visage, de la mâchoire, de la tête et du dos.
Une fois ces habiletés acquises, le chanteur peut apprendre à s'appuyer sur sa charpente et à soutenir son souffle grâce à ses muscles du tronc. Il peut ensuite attaquer l'articulation et la modulation de la voix parlée aussi bien que de la voix chantée. Le jeune chanteur verra donc à se donner la maîtrise de quelques habiletés supplémentaires :
une respiration diaphragmatique profonde, qui descend jusqu'aux reins ;
un appui solide, qui donne de la stabilité au souffle et à l'émission sonore ;
un renforcement des muscles de soutien abdominaux et pelviens ;
je pense qu'ii est important d'apprendre la technique de base le plus vite et le mieux possible. Et puis de savoir ce qu'on veut faire avec notre voix, sans trop se laisser influencer par qui que ce soit. Il faut avoir une technique vocale. Je pense à Garou qui a une voix de gravelle, mais qui possède, je pense, une technique extrêmement forte. Je l'ai vu chanter soir après soir sans jamais se faire mal. On a l'impression qu'il se fait mal à la gorge, et pourtant non. Je crois que c'est une technique qu'il s'est inventé tout seul. Les jeunes ne doivent donc pas conclure que d'avoir une technique vocale veut dire se limiter à une sorte de voix. »
Daniel Lavoie
Quelle est rua vraie voix ? 81
« j'ai suivi mon régime vocal comme une maniaque et j'y ai pris plaisir. Je commençais par des inspirations et des élongations, des torsions du cou. Puis je réchauffais ma voix, je prenais une note et je la tenais le plus longtemps possible, sans forcer, jusqu'au bout de mon souffle. Je faisais voyager ma voix dans mon corps, voix de tête, voix du nez, voix de gorge, voix du ventre. Je pensais à des couleurs et des textures que j'essayais de traduire dans ma voix. Je poussais en crescendo des séries de sons, en appuyant de plus en plus fort sur chaque note, en changeant de rythme et de tonalité. Et je recommençais interminablement en continuant d'y mettre du coeur, de la passion : c'est ça le secret. »
sonore, mais la beauté d'une voix, telle qu'elle est perçue par les auditeurs, est toujours fonction des effets de conscience qui, seuls, peuvent inscrire dans la voix l'intensité de l'être tout entier. L'intensité n'est rien d'autre que l'expression d'un ensemble de compréhensions, de sentis, de conflits intérieurs et des élans pour les dépasser.
Céline Dion
VOCALISES
une ouverture de la gorge, qui donne une belle rondeur aux sons et les laisse passer ;
un appui automatique du bout de la langue derrière les incisives accompagné d'une détente ;
un entraînement à relaxer la mâchoire et le corps ;
une capacité à utiliser les vibrations des cartilages et des os du masque, et à y placer le son ;
une verticalité, qui permet de ressentir les vibrations sonores au centre de son corps.
Une fois préparé vocalement, le chanteur peut aborder toutes les subtilités rattachées à l'art de la scène, à la gestion de son stress. Il apprend à s'oublier pour laisser place au texte et à augmenter sa concentration. Il poursuit avec l'interprétation des pièces, en s'attardant à lire entre les lignes. ll explore ses possibilités scéniques afin de prêter vie à chacune des chansons avec intensité sur scène.
Ces habiletés de base sont toujours plus efficaces si elles s'accompagnent de l'indispensable conscience du corps résonnant. Les exercices améliorent à la fois la santé vocale et la qualité
Les cordes vocales sont à la fois fortes et fragiles. Pour les conserver en bonne santé toute sa vie, il n'y a pas d'autres moyens que de se donner une discipline d'entraînement spécifique aux cordes vocales. Et les vocalises sont la seule manière d'entraîner les cordes vocales.
Cet entraînement vise quatre objectifs : assouplir l'appareil phonatoire pour éliminer des réverbérations non désirables dans la voix, réchauffer les muscles du larynx pour les rendre aptes à performer sans se blesser, augmenter son habileté à passer d'une configuration laryngée à une autre sans effort,
82 Chanter de tout son corps
assurer un refroidissement gra- duel des cordes vocales après un spectacle.
On entend souvent de la part des jeunes chanteurs de variétés et même des professionnels « Untel ne fait jamais de voca- lises et il n'a pas de problèmes de voix ». On ne peut que répondre : « Pour l'instant ! ». Rien n'assure qu'il n'en aura pas dans trois mois, un an, qua- tre ou dix ans. Il y a de fortes probabilités d'accidents vocaux à plus ou moins long terme. Le jeune chanteur qui souhaite faire carrière ne doit pas prendre un tel risque.
Il doit, au contraire, apprendre rapidement à prendre plaisir aux vocalises. Seule une con- viction profonde de leur utilité, surtout si on n'a jamais eu de blessures ou d'inflammation, peut stimuler à des vocalises quotidiennes. Quel que soit le style de chanson qu'il choi- sit: variétés, jazz, gospel, blues, rock ou classique, tout chanteur doit faire ses vocalises pour ren- forcer ses muscles de la pho- nation et réchauffer ses cordes vocales avant de chanter.
Travailler la voix aura toujours un impact sur le timbre et le registre, et même parfois sur la tessiture, car l'enrichisse- ment des harmoniques donne une impression de hauteur à l'émission sonore : la voix n'est pas nécessairement plus haute, mais le fait d'avoir plus d'har- moniques la fait paraître plus aiguà «.
Au début de l'entraînement vo- cal, l'étudiant verra à se limiter à 10 minutes de vocalises le matin et 10 minutes l'après- midi. Il faut commencer douce- ment sans agresser ses cordes vocales. Au fil des semaines, il pourra augmenter graduelle- ment la durée des vocalises jus- qu'à atteindre une demi-heure par jour au bout d'un an. Au bout de quelques années, l'en- traînement vocal du chanteur
de carrière devrait prendre au moins une heure par jour.
PRODUCTION DU SON RAUQUE
Le son rauque, si prisé dans le jazz, le blues et le pop, peut et doit être le fruit d'autre chose que du tabagisme ou d'une pression sur les cordes vocales, deux habitudes extrêmement dommageables pour la santé vocale.
En effet, il est parfaitement pos- sible de produire un son rauque à partir d'une technique vocale sans danger, comme le fait Lau- rence Jalbert. Cette technique implique la réverbération des fausses cordes. Qu'on se le tienne pour dit, Laurence n'a jamais fumé et jouit de la santé vocale que lui donne son ex-
« Avant d'entrer en scène, je fais un bref réchauffement vocal ; à l'aide d'un diapason, je fais d'abord des « ouuuu », des « eiia000yyuuu » dans la gamme centrale, puis je descends le plus bas possible et je monte le plus haut possible, jusqu'à ma voix de tête. Ensuite, pour exercer mon diaphragme, je refais la même routine avec le son « ihihihiliii » et, pour bien réveiller les muscles de ma bouche, je termine avec des glissements « iiiiaaaaa000 ». »
Lulu Hughes
Quelle est ma vraie voix ? 83
« En utilisant mes fausses cordes pour produire un son granuleux, presque rauque, je peux monter très haut parce que le passage de la voix est complètement ouvert, c'est pratiquement illimité : il y a plusieurs notes en même temps et ça monte en largeur. Cependant je suis très prudente. Évidemment, il ne faut jamais chanter sans que la voix ne soit bien réchauffée, mais c'est encore plus vrai avec cette technique d'appui sur les fausses cordes. Pour m'aider à projeter ma voix et pour qu'elle devienne rauque, je pratique certains exercices avec le son « é », en allant de plus en plus fort, en montant et en descendant. Je ne soutiens jamais cette technique durant toute une chanson et encore moins durant un spectacle entier. À ce jour, je ne peux rencontrer Robert Charlebois sans qu'il ne me supplie : « Dis- moi comment tu réussis ton graillon, c'est fascinant ce que tu fais »
cellente discipline de vie et ses consultations régulières en laryngologie.
Elle a développé ce son granuleux alors qu'elle était jeune et l'a amélioré au fil des ans grâce à une gymnastique vocale quotidienne : elle contrôle maintenant de façon remarquable cette technique vocale et l'utilise judicieusement pour créer des effets. Elle chante souvent en douceur avec un son pur et, tout doucement, elle intègre le son rauque pour revenir ensuite à un son pur. Il est important de jouer avec sa voix de cette façon pour ne pas lui nuire.
qu'ils ignorent l'existence de cette technique. Par ailleurs, il existe des chanteurs qui n'ont pas une conscience suffisante de leur instrument, qui ne font jamais de réchauffement, et qui tentent de reproduire ce son granuleux sans savoir qu'il faut une excellente compréhension de son appareil phonatoire. Généralement, ils ont très vite de graves problèmes de voix.
Pour réussir le son rauque, le chanteur ne doit ni forcer, ni s'appuyer sur ses cordes vocales. Grâce à une très grande détente de la gorge et du palais mou, il doit garder le son libre. Au début, on émet un son bien placé dans les résonateurs,
Laurence Jalbert
En général, les professeurs de chant refusent que leurs élèves fassent ce genre de « son » parce qu'ils ont des préjugés défavorables, et surtout parce
« J'ai découvert l'importance, je dirais même la nécessité de faire des vocalises. Lorsque le stress et les obligations très grandes engendrées par l'ensemble des prestations reliées à Star Académie ou à l'évolution de ma carrière ont fragilisé ma voix, mon professeur a su me référer immédiatement au bon médecin. La voix est si fragile... Je ne l'ai compris tout à fait que lorsque j'ai moi-même eu ces problèmes de voix et, croyez moi, pour un chanteur, de perdre la possibilité de chanter — donc de s'exprimer — c'est la pire des choses. »
Marie-Mai Bouchard
Finaliste de Star Académie,
élève de Johanne Raby et patiente du D» Françoise R Chagnon
84 Chanter de tout son corps
puis une deuxième réberbération s'installe au-dessus de l'os hyoïde, là où se termine le bord libre du repli ary-épiglottique : la voix s'enrichit alors de l'effet rauque. La voix se trouve alors placée à un point plus haut que l'os hyoïdien, juste en-dessous de l'oreille ou sous les articulations de la mâchoire inférieure. Ce son n'est pas nasillard et il vibre bien dans le masque.
VOIX AMPLIFIÉE
La mode des voix amplifiées s'est propagée avec l'essor des comédies musicales américaines, dans les années 1940, pour répondre aux contraintes extrêmement exigeantes de ces spectacles, combinant la danse, le jeu théâtral et le chant sans micro. L'objectif était de maintenir un son égal pendant toute la durée de la prestation, sans transition de registre, avec suffisamment de force pour accompagner l'orchestre, mais sans fatigue vocale. Depuis, les techniques de voix amplifiée, appelées « belting » en Amérique, ont occupé une place prépondérante sur Broadway.
Avant toute chose, précisons que le mot belting a été utilisé pour décrire tellement de réalités différentes depuis quelques années qu'il est devenu à la fois peu fiable et totalement imprécis. La plupart des grands professeurs de chant, tels Ingo Titze, Cathrine Sadolin, Johan Sundberg et William Riley préfèrent l'éviter. Ils créent plutôt des programmes d'exercices individualisés qui travaillent en « intensité » : intensité sonore, intensité harmonique, intensité émotive, intensité dramatique et force de l'intention. Les moyens techniques utilisés s'appuient aussi bien sur l'entraînement de
configurations laryngées appropriées et l'amélioration de l'articulation que sur la compréhension profonde des textes.
En chant classique, le chanteur doit aussi travailler en puissance, puisque la voix doit, de par sa seule projection, remplir des salles immenses. De plus, cette voix doit être entendue par dessus l'orchestre symphonique et les choeurs, le cas échéant. C'est là une difficulté majeure de la technique classique. Mais l'absence de déplacements sur scène n'oblige pas le chanteur au soutien maximal requis pour chanter en dansant.
« C'est long réchauffer une voix ! Pour que ma voix soit au maximum, ça prend de trois à quatre jours de travail sérieux, à raison de trois heures par jour de vocalises. Généralement, après ces quelques jours intensifs de préparation, j'ai besoin d'environ vingt minutes à une demi-heure d'exercices et de vocalises pour me réchauffer avant le spectacle. J'utilise du chromatique, je monte et descends des gammes, je fais toutes sortes de choses avec ma voix, je m'amuse. Je le fais fort ou moins fort jusqu'à ce que je sente que les harmoniques que je veux entendre soient là . Je cherche surtout à aller chercher des harmoniques dans le son, dans le grain de la voix, qui seront audibles évidemment dans un micro. Moi, ça fait 35 ans que je travaille avec un micro, donc c'est certainement une des choses que je travaille le plus, la qualité du grain de la voix. »
Daniel Lavoie
Quelle est ma vraie voix ? 85
« Malgré tout, un chanteur doit accepter que sa voix soit en constan- te mutation et qu'elle ne pourra jamais atteindre l'idéal, il doit avoir l'humilité de l'admettre et s'entraîner de façon à s'adapter à chaque contexte ou période de sa vie. La voix a ses limites, il faut apprendre à les connaître. Par exemple, je peux faire des changements de voix instantanés, en passant du belting à ma voix de tête dans une même chanson, mais cette façon d'interpréter pourrait me blesser : je dois savoir le faire et bien le sentir physiquement. »
La technique consiste donc à émettre les notes avec justesse en arrondissant le son au fond de la gorge pour l'amplifier et à couvrir sa difficulté d'articu- lation dans les aigus par des voyelles compensatrices.
En résumé, alors que le chant classique favorise l'allongement des possibilités vocales, les techniques de voix amplifiées favorisent leur intensité, ce qui est recherché dans le chant de variétés. Elles n'ont rien à voir avec les sons très forts, pratique- ment criés, utilisés par certains chanteurs pop mal entraînés. Toutefois, certains chanteurs les utilisent instinctivement sans les avoir vraiment apprises. Elles se distinguent des techniques généralement utilisées en chant
Lulu Hughes
classique en ce qu'elles utilisent une voix de poitrine et placent le son différemment. La technique implique un grand contrôle de la voix, avec retenue, d'une part, et puissance, de l'autre. Elle ne peut s'exécuter qu'avec un corps très détendu.
Il s'agit de coordonner l'activité des muscles de la poitrine jus- qu'aux cordes vocales, notam- ment les muscles aryténoïdiens et thyro-aryténoïdiens. Au pas- sage du flux vocal, on accroît graduellement les fonctions des divers résonateurs en intégrant ceux de la tête. Plus le son devient aigu, plus le mécanisme s'applique.
L'entraînement, le conditionne- ment et la coordination de la
voix requièrent la même quan- tité et qualité de travail que ce- lui des chanteurs classiques. Ce n'est pas une technique moins exigeante. Le contrôle de la res- piration doit être tout aussi effi- cient et, même s'il y a micro et amplificateur, l'articulation de- meure primordiale puisqu'elle aide à mieux projeter le son et à éviter les distortions.
La première chose à faire est de bien situer le son dans le masque. Ce qui constitue le haut-parleur n'est pas situé à la hauteur des cordes vocales et ne doit surtout pas être l'ex- pression de leur seule vibration. Règle d'or : le haut-parleur doit toujours être dans le masque. Pour bien travailler en ampli- fication, il faut savoir position- ner le larynx et la gorge, savoir contrôler l'ensemble des tissus (vraies et fausses cordes vocales, paroi pharyngée et laryngée) et obtenir une ouverture de la gorge telle que l'air projette le son de manière stable au niveau du masque.
Quand on travaille en intensité, il faut être à l'affà »t de tout signe d'inefficience et de toute ha-
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bitude vocale potentiellement dommageable, parce qu'une mauvaise approche pourrait endommager rapidement les cordes vocales. Lorsqu'un chanteur sent sa voix dans sa gorge, c'est un très mauvais signe. Il doit aussi noter toute tension dans les joues, les tremblements de la langue et des muscles du cou. Ces symptômes génèrent une mauvaise phonation et d'autres anomalies tout aussi inacceptables.
Les techniques de voix amplifiées sont axées sur la position des différentes composantes du larynx, et la façon dont l'air est poussé et contrôlé lors de la projection. Elles accordent donc une grande importance à l'inclinaison du larynx, à la force des tissus latéraux et à l'ouverture de la gorge. Physiquement, elles représentent plus de travail que le son de tête du chant classique. Il ne s'agit pas d'une simple dominance de la voix de poitrine, car on y incorpore l'ensemble des résonateurs de la tête. Autrement dit, le registre de poitrine n'est pas mixé, mais étendu grâce à des exercices particuliers.
Quand elle est bien maîtrisée, la technique produit une sonorité qui reste dominée par la voix de poitrine, mais elle projette plus de rondeur, plus d'émotivité et plus force. On peut voir pourquoi sur le schéma des résonances (figure 3.11) : le trajet est centré, pour ne pas dire concentré, il englobe l'ensemble des résonateurs et remonte dans la tête pour ensuite se faire ressentir sur les dents avant de franchir les lèvres. Comme la technique intègre aussi la cavité de résonance du rhinopharynx, elle donne un timbre très caractéristique de cuivre aux tons nuancés, parfois perçu comme nasillard. Si le son est trop nasillard faute d'une bonne
maîtrise de la technique, il peut se corriger par des exercices appropriés.
Le travail en intensité ne peut être pris à la légère. Ici, la patience est capitale, surtout pour les débutants. Il ne faut jamais aller trop bas ou trop haut, trop fort ou trop vite. On peut commencer par des « n » ou « ng » sur une échelle de cinq notes. tout en respectant les tonalités. Les tonalités sont un facteur d'importance équivalente dans toutes les techniques de chant. Réalisée avec une gradation d'intensité, la technique ne comporte aucun danger. Il reste important de ne pas se limiter à des techniques d'amplification.
« Je faisais beaucoup de vocalises quand je suivais des cours, mais depuis peu, je les utilise comme mode de réchauffement avant les spectacles. Mon réchauffement consiste surtout de gammes avec voyelles ouvertes, les « a », « é », « ou ». j'utilise un petit enregistrement tiré d'un cours de chant, ce qui me permet de porter attention aux petites erreurs. Mais j'avoue que je n'ai jamais eu de problèmes de voix. Dans mes spectacles, il m'arrive d'utiliser diverses techniques vocales. Avoir une bonne technique de voix est très utile. J'ai fait 300 représentations en deux ans et demi avec mon premier show. Alors il faut être en forme. »
Steeve Diamond
Quelle est ma vraie voix ? 87
« Je crois que l'important dans la vie, c'est nous-même. Nous ne sommes pas qu'un instrument vocal, il faut que nos chansons soient en harmonie avec nos instincts. L'écoute de soi, selon moi, est la clé du chant. Je suis curieuse et j'ai toujours voulu bien chanter, ne rien bâcler, tout en restant moi-même. C'est plus profitable que d'essayer de développer un style qui est trop loin de soi. En tant qu'artiste, on doit toujours se rappeler qu'on n'a pas à devenir quelqu'un d'autre. Même au niveau vocal, en ce qui concerne strictement le chant, il ne faut pas trop amplifier les choses, comme toute chose dans la vie d'ailleurs. »
Ariane Moffatt
L'idéal, c'est de développer l'in- Les enseignants, les animateurs tensité dans sa tessiture et d'en et les comédiens consultent élargir ensuite l'étendue, tout aussi parfois le professeur de en restant à l'écoute pour bien chant pour leur voix. Les pro- conserver son identité vocale. blêmes qu'ils rencontrent sont
identiques à ceux des chanteurs et résultent des mêmes causes : ils utilisent trop et mal leur voix parlée. Lorsqu'ils parlent durant plusieurs heures à des groupes, et pour s'assurer de bien faire passer leurs messages, ils tentent de soutenir une projection en puissance en augmentant la pression sous leurs cordes vocales et en resserrant encore davantage la fermeture de la glotte. Chaque fois que la projection du son s'appuie sur les cordes vocales au lieu des muscles deoutien thoraciques, pelviens et abdominaux, la voix s'épuise rapidement, s'enflamme et finit par se blesser.
88 Chanter de tout son corps
CHAPITRE 6
FAUT-IL RÉCHAUFFER
TOUT SON CORPS?
L'UNE DES CONDITIONS ESSENTIELLES À LA RÉUSSITE EN CHANT
et à l'application adéquate des techniques vocales consiste en une mise en forme physique sérieuse. Pour que cette mise en forme soit réussie, il faut respecter deux éléments importants. Il faut d'abord détendre et réchauffer les bons muscles, mais il faut aussi assurer une continuité. Autrement dit, il faut choisir les bons exercices et les faire régulièrement ; il ne faut rien tenir pour acquis. Que vaudrait un réchauffement si le corps n'est pas déjà en forme ?
« Je suis assez sportif. Je faisais beaucoup de karaté auparavant, mais maintenant je ne peux plus à cause d'une hernie discale. Alors je me suis mis au vélo. Je fais environ 80 kilomètres à tous les deux jours. Je fais aussi du yoga depuis 2001. à ‡a me permet d'être plus libre. Faire du yoga avant d'aller chanter libère mon corps et me permet de me concentrer sur ma respiration et mon chant. »
L'exercice physique est le meil- leur moyen d'évacuer les ten- sions musculaires ou nerveuses, d'éloigner les maladies, de gar- der ses cordes vocales en santé, et d'augmenter l'endurance nécessaire pour les diverses prestations vocales. C'est l'en- semble du corps qui constitue l'instrument du chanteur, et aucun réchauffement ne saurait être complet sans avoir exercé tous les muscles du corps.
POURQUOI L'EXERCICE?
Beaucoup de gens s'imagi- nent à tort que chanter est une chose facile et naturelle. Bien sà »r, chanter pour le plaisir ou occasionnellement ne requiert pas nécessairement une mise en forme poussée. Mais pour en faire le métier — et surtout
Bruno Pelletier
pour le faire longtemps —, il en va tout autrement.
Il est toujours surprenant d'en- tendre un professeur de chant classique prétendre que la mise en forme physique n'est pas importante pour bien chanter et que le chanteur peut se li- miter aux vocalises. Il est vrai que, dans les opéras, le chan- teur n'est pas appelé à exécuter beaucoup de déplacements sur scène ; en revanche, il ne peut compter sur un microphone quand il n'est pas en voix. Il est vrai aussi que, dans ce type de performance, les chanteurs n'ont jamais à chanter et à danser en même temps, comme en chant pop ou en comédie musicale. Malgré tout, quelques auteurs spécialisés en chant classique recommandent aux chanteurs lyriques de maintenir une bonne
forme physique, tout comme en chant pop. Pourquoi ? Parce que, malgré des différences évidentes dans les prestations, toute performance vocale exige un déploiement d'énergie consi- dérable et tout le corps participe à l'effort. Tout chanteur doit s'assurer que l'ensemble de la musculature interne et externe, particulièrement au niveau du tronc, répond efficacement à ses besoins de support, de sou- tien, de projection et de souffle. Si certains semblent pouvoir s'en passer, on peut sans peine affirmer qu'ils seraient meilleurs — et de beaucoup — s'ils étaient en meilleure forme physique.
Y A-T-IL UN à ‚GE POUR L'EXERCICE?
La voix, comme le corps, évo- lue avec les années. Le chanteur devra constamment s'assurer que son corps est à même de répondre aux commandes et aux efforts qu'il va lui deman- der, et ajuster son programme d'exercices en conséquence. Ceux qui continuent à chanter durant de longues années sont pratiquement toujours forcés,
90 Chanter de tout son corps
un jour ou l'autre, de mettre de côté les excès qui nuisent à leur santé et de se mettre à une forme quelconque d'entraînement.
Il est coutumier de penser qu'il y a un temps pour l'entraînement intensif et qu'avec l'âge, la forme se perd inévitablement et, avec elle, la voix. Richard Miller, l'auteur de La structure du chant, recommande une bonne mise en forme pour les chanteurs lyriques et tolère certains sports exigeants comme la musculation et la natation, mais il ajoute : « si on ne s'acharne pas à les prolonger au-delà de l'âge après lequel on devrait cesser l'exercice physique. » Rien n'est plus faux que de croire qu'il existe un âge où l'exercice cesse d'être bénéfique. En fait, il est toujours recommandable de s'entraîner, à condition de le faire selon des règles saines et sans excès.
Il existe des gens déterminés qui réussissent à s'entraîner jusqu'à un âge avancé afin de réaliser ce qui leur tient le plus à coeur. Mentionnons le cas de la québécoise Jeanne Daigneault, qui s'est mise à la nage
à 50 ans après avoir élevé huit enfants et qui, à 85 ans, participe à des compétitions de natation nationales et internationales, et remporte une quantité impressionnante de médailles et de trophées. Ce qui est remarquable, c'est la jeunesse qui la caractérise : la clarté de son esprit, la vivacité de son allure et l'assurance de sa voix.
Les chanteurs ne font pas exception : plusieurs ont réussi et réussissent à conserver une forme physique et vocale suffisante pour donner des spectacles passé les 80 ans. Pensons à Maurice Chevalier, Charles Trenet ou Frank Sinatra. Plus près de nous, il y a Charles Aznavour et Henri Salvador. À notre question concernant sa capacité à ne pas présenter une voix fatiguée même en fin de
spectacle, M. Aznavour a pris la peine de nous répondre :
« Pour moi, c'est la santé en général qui est la clef de la qualité vocale ».
Notons aussi que ces chanteurs se distinguent par leur estime de soi et leur joie de vivre. Certains chanteurs ont une mauvaise perception d'eux-mêmes ; ils se trouvent vieux à 30 ans, et cela finit par influer sur leurs réelles capacités physiques.
QUELS EXERCICES FAIRE ?
En ce qui a trait à la mise en forme générale, il n'y a pas d'exercice ou de sport particulier qui soit plus valable qu'un autre. Il est fortement conseillé aux étudiants en chant de choisir le genre d'exercices qui leur
« J'ai longtemps fait des poids et haltères pour m'entraîner, mais maintenant je fais surtout des exercices cardio-vasculaires trois ou quatre fois par semaine durant une heure. Garder la forme, c'est important. Quand on est en forme, on respire mieux, librement, donc la voix a une meilleure qualité. Les spectacles sont également moins épuisants. Celui qui veut faire de la scène comme comédien, humoriste ou chanteur doit se coucher tôt, bien s'alimenter et s'entraîner. »
Steeve Diamond
Faut-il réchauffer tout son corps ? 91
r
« Je viens d'une famille très sportive. J'ai passé ma jeunesse et mon adolescence sur les terrains de basket-ball, de soccer et de tennis. je fais actuellement du karaté trois fois par semaine ; j'ai d'ailleurs passé ma ceinture brune en décembre 2003, une épreuve de huit heures. C'est essentiel d'avoir un corps en santé pour un chanteur ! à ‡a compense peut-être pour les abus. Je reste assez équilibrée, mais en tant qu'auteure-compositeure, il y a des moments où je me permets de vivre un peu dans l'excès, sinon, je n'aurais rien à raconter !
son entourage, peut juger du moment où un exercice ou un sport devient un excès.
PROGRAMME DE RÉCHAUFFEMENT CORPOREL
convient le mieux et, surtout, qui les motive, car l'important, c'est la régularité de la mise en forme. Pour certains, il n'y a rien comme la natation, car on peut aller nager les matins de spectacle pour évacuer le trop plein d'énergie et calmer la tension. Pour d'autres, une variété d'entraînements réguliers plusieurs fois par semaine, soit de la danse, de l'aérobie, de la marche ou de la natation, sont la meilleure combinaison.
Les exercices Pilates sont recommandables (voir la bibliographie), car ils permettent de renforcer le support musculaire profond de la colonne vertébrale, d'augmenter l'amplitude des mouvements et d'améliorer la force et la coordination des
Ariane Moffatt
muscles du tronc, de même que des abdominaux et des dorsaux. Ces exercices ont l'avantage d'apprendre au chanteur à régler sa respiration à la cadence, à rendre les efforts plus fonctionnels et à minimiser les tensions excédentaires au niveau du cou et de la région lombaire. C'est un ajout enrichissant à la mise en forme du chanteur.
Toutefois, quel que soit le sport ou l'exercice choisi, il faut y mettre les restrictions d'usage. Personne n'encouragera un chanteur à faire sa course à pied par grands froids. Personne ne l'incitera non plus à s'épuiser en musculation les jours de performance. Cela tombe sous le sens. Chacun, individuellement ou avec les conseils de
Le chanteur peut entreprendre son programme de réchauffement corporel en tout temps, quelques fois par semaine. Quoi qu'il en soit, il doit préalablement rencontrer trois conditions :
— il doit pouvoir s'appuyer efficacement et solidement sur sa charpente ;
— il doit avoir développé ses dorsaux et ses abdominaux pour assurer son soutien ;
— il doit avoir un poids équilibré.
Quand il rencontre ces trois conditions, le chanteur peut amorcer sans crainte un programme d'exercices. Le programme d'exercices de réchauffement présenté ici est inspiré de l'approche de Marguerite Lalande, un professeur d'éducation phy-
92 Chanter de tout son corps
sique et sportive d'une vaste expérience. Il est bien adapté aux besoins des chanteurs.
Tout d'abord, il est fortement recommandé de se réchauffer du haut jusqu'en bas, comme un athlète qui se prépare à la compétition. La séquence des exercices mettra en éveil les régions corporelles suivantes :
— les yeux,
— la cage thoracique,
— le tronc,
— l'os hyoïde,
— le cou,
— la colonne vertébrale,
— le périnée,
— les pectoraux,
la ceinture scapulaire,
— les quadriceps et les rhomboïdes,
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