Faire sa voix

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2112 GRAMMAIRE DE LA MUSIQUE
Mais il n'y a jamais ici, à proprement parler, de résolution exceptionnelle, puisque cette dernière résulte d'une exception apportée à la marche normale d'une des notes formant la consonance attractive, laquelle ne figure pas dans ces accords. Il y a simplement des non-résolutions modulantes, comme la deuxième et la quatrième de l'exemple précédent.
• Dans l'enchatnement, par mouvement de quinte descendante ou quarté ascendante de la basse, de deux accords de septième, il y a toujours l'un d'eux dont la quinte est supprimée et remplacée par la basse doublée :
aut •eurent, on ne pourrait satisfaire aux lois de préparation' et de résolution, sans introduire des octaves ou des quintes consécutives dans l'harmonie à quatre parties.
Pour que les deux accords soient complets, il faudrait disposer de cinq voix ou parties.
XIV. — Une autre loi régit l'enchatnement des ao. tords dissonants ; c'est la préparation de, la dissonance, qui consiste à la faire entendre préalablement, et à la même partie, dans l'accord précédent. Son but est d'atténuer la dureté en accoutumant l'oreille à la note qui va
I. Voir 1 XIV, of-après.
PRÉPARATION 283
dévenir dissonante, et qu'on présente d'abord comme consonance.
'éadiss.résel.
r ;mamie ..^-^Imum. ...ft...mimera mearmeec.m.,
Lure...me...2am •••-•1^2.M.
0 0 -4a. I
6 7 5 5 7 5 I

bar 11• Oftolll .11111
a
Anciennement, la préparation était considérée comme obligatoire pour toute dissonance. C'est à la fin du xvi" siècle qu'un puissant novateur, qui a joué un rôle considérable dans l'évolution musicale, Monteverde ' , osa, lui premier, attaquer directement, sans préparation, les dissonances contenues dans les accords de septième de dominante, de septième de sensible, de septième diminuée, et même de neuvième de dominante, formant ainsi de ces accords (qui sont entièrement fournis par les sons harmoniques) une famille spéciale, intermédiaire entre les accords consonants et les véritables accords dissonants, et qu'on a appelée depuis d'un nom fort approprié, harmonie dissonante naturelle.
Ce groupe mixte, en quelque sorte, est soumis aux lois spéciales des accords dissonants en ce qui concerne la résolution, mais est dispensé de préparation, ce qui le rattache, d'un autre côté, aux accords consonants.
Telle est la théorie actuellement admise comme classique, mais je dois dire que de jôur en jour elle s'élargit, et que nombre de compositeurs modernes attaquent couramment toute espèce de dissonance, sans qu'il soit question de préparation.
Arrivé ici, le lecteur comprendra aisément pourquoi je n'ai pas osé fixer, au chapitre traitant d'acoustique ',
1. Voir au chap. V. Il est probable que Monteverde n'a pas au conscience lui-même de l'immense portée de sa trouvaille.
2. Voir page 68.
284 GRAMMAIRE DB LA MUSIQUE
la délimitation précise entre ce qui est consonant et ce qui est dissonant; il y a là une question d'usage, d'habitude, de tolérance et d'accoutumance de l'oreille, qui a varié, varie et variera encore selon les époques, en raison des tendances individuelles des compositeurs et aussi du degré de dureté que l'éducation musicale dés auditeurs les conduira progressivement à supporter. Il est déjà facile de prévoir que dans un avenir peu éloigné la préparation des dissonances tombera en désuétude et ne subsistera qu'à titre d'archalsme.
De nos jours, et à l'école, daris les études d'harmonie, elle reste encore obligatoire pour les accords les plus dissonants : ceux de septième majeure, de septième mineure, et de septième mineure et quinte diminuée, qui, dans certains traités, sont appelés accords avec prolongation, et, dans d'autres, constituent l'harmonie dissonante artificielle. Ces deux termes sont également justifiés par les explications qui précèdent.
XV. — 11 va de soi que toutes les règles relatives soit à la préparation, soit à la résolution des accords dissonants à l'état fondamental, que j'ai seuls donnés comme exemples afin d'abréger, s'appliquent exactement à leurs renversements. Les notes sont interverties, mais chaque degré conserve les mêmes tendances, la même somme de dissonance, et doit être traité de la même manière.
Quand toutes ces règles sont bien comprises et strictement appliquées, ce qui n'est pas toujours d'une extrême facilité, la réalisation est pure et correcte, l'effet sonore satisfaisant pour l'oreille.
Pour mieux les faire pénétrer dans l'esiwit du lecteur, j'ai construit le tableau suivant, qui me semble les ré-
PRÉPARATION ET RÉSOLUTION 286
aumer. J'y suppose les accorda fondamentaux divisés en quatre groupes :
Le premier, celui du bas, ne comprend que l'accord parfait majeur, accord consonant par excellence;
Le deuxième, l'accord parfait mineur et l'accord de quinte diminuée, qui ne sont consonants que par une sorte de convention, le dernier participant même déjà des accords dissonants par la présence de la quinte diminuée, consonante attractive pour les uns, dissonance pour les autres;
Le troisième réunit les accords formant l'harmonie dissonante naturelle, issue directement ou indirectement du phénomène naturel de la résonnance, et qui n'exige que la résolution, selon les principes énoncés, de quelques-unes de ses notes;
Le quatrième enfin, qui contient les accords réellement dissonants , pour lesquels il y a lieu' non seulement à résolution, mais à préparation.
En notes blanches, j'indique les accords appartenant à la gamme majeure , et en notes noires ceux de la gamme 'mineure, afin que les deux modalités soient représentées et que le tableau réunisse bien sous un même coup d'oeil tous les éléments du système harmonique actuel. En lisant ce tableau de bas en haut, on y voit comment des accords consonants, libres de tous leurs mouvements, perdent progressivement cette liberté d'allures par l'adjonction de dissonances réclamant toutes leur résolution, et quelques-unes, en plus, leur préparation.
(La résolution est figurée par un trait suivant la note, la préparation par une liaison la précédant. Les lignes pointillées signalent la présence des notes ayant caractère attractif).
C^1111^17 »S.M..
1
286 GRAMMAIRE DE LA MUSIQUE
II • üi IV V VI V II
41
Accorde
dissonants
artificiels
ou par
prolongation
(exigeant la
préparation
de la
dissonance, et
sa résolution).
à
Accords
dissonants
naturels
(exigeant la
résolution des
cotes à moue.
obligé).
Accords consonants artificiels
ou par
sone ention.
Septième min et quinte diminuée.
Septième mineure.
Septième majeure.
Neuvièmes maj. et min.
de dominant. Septième de sensible Septième diminuée.
Septième
de dominante
---
q A c cto. rd diradien.
Accord parfait
min.
5
5
Il.
muuMmulia .
ri.;
ellin.111M...1111alli
..^
1G-
""'"=Itie
•••
+ +
4 4
11•-11M-111
rt:
7 7
Accords Accord parfait
consonants ma)
naturels.
Modo majeur (blanches).
Mode mineur (noires).
Seuls ne figurent pas dans ce tableau condensé les accords sur-tonique, expliqués.à la page 240 et qui sont soumis aux mêmes lois que ceux dont ils dérivent. Aucune préparation ne leur est imposée, puisqu'ils appartiennent
RRTARDS 187
à l'harmonie dissonante naturelle; mais ils doivent être résolus selon les principes qui régissent tous les accords de ce groupe.
Reprenons maintenant, au point où nous l'avons laissé', l'examen des modifications auxquelles peut être soumis un accord sans perdre son individualité. Nous allons en trouver de nouvelles.
Une ou plusieurs de ses notes constitutives peuvent étre retardées, n'être émises qu'après les autres ; c'est ce qu'on appelle le retard. Tout retard doit étre préparé et se résoudre par mouvement conjoint, ton ou demi-ton diatonique. Le retard peut être supérieur ou inférieur, supérieur, il se résout en descendant; inférieur, en montant. Le retard supérieur est de beaucoup le plus usité et le plus classique.
- Retards supérieurs.
Retards inférieurs.
••••••••^••••^• •IIIIIMMM••• MI
1/^•••••^11VIMW, L ••••:41. ^Ilimffl••^1•1111• IMMOM•21•11M11••• IIIIM•^
• •11•MMIMI••• •
•^•••••S•I^• 2
•••,:•^••IMZ.M•MI•l•


• .......»ese-.m..••••••.4.•••0 .
9.'"'" •
5 5 + 6 7 8 i 8
_9- $_ _e_ 2 3
5
2 3
eY., .
,3
La logique la plus élémentaire fait concevoir que les notes dissonantes, astreintes elles-mêmes à la préparation, comme la septième des accords par prolongation, ne sauraient en aucun cas être retardées, car elles ne peuvent
t. Page 259.
sas GRAMMAIRE DB LA MUSIQUE
être à la fois en retard et en avance. C'est donc, le plus souvent, quelle que soit la nature de l'accord, à une note formant consonance avec la fondamentale que le retard peut être appliqué.
Le caractère dominant de cet artifice, c'est l'ampleur, la majesté ; ce caractère se dessine d'autant mieux que le mouvement est lui-méme déjà large et tranquille; mais il s'adapte à toutes les allures, en leur communiquant un certain degré de sévérité, presque de raideur, qui était plus recherché autrefois que de nos jours, ce qui lui donne, dans les oeuvres ayant une teinte générale moderne, un air archaique.
Je ne puis songer à énumérer ici tous les retards, ce qui serait d'ailleurs complètement inutile. Ce qu'il importe, c'est d'en•faire saisir l'essence, le principe, et surtout d'éviter toute confusion entre le retard et la prolongation, qui, au premier abord, semblent avoir quelque ressemblance, l'un et l'autre étant préparés et résolus. Le moindre examen fait voir en quoi ils différent essentiellement.
La prolongation vient créer un accord nouveau, dont elle est même l'élément caractéristique, la septième, et qui a sa personnalité, son existence propre; au contraire, le retard n'est qu'une note étrangère à l'accord, qui demande à être préparée parce qu'elle y forme généralement dissonance, et qui doit disparaître dans un bref délai, pour faire place à la note véritable, dont elle ne fait que suspendre momentanément la marche ; aussi l'appelle-t-on souvent suspension.
Je ne voudrais pas tomber dans la même naiveté que l'auteur d'un dictionnaire de musique que j'ai chez moi, et où on lit, textuellement, ces deux articles :
a Violon, petit violoncelle. (Voyez Violoncelle.)
a Violoncelle, grand violon. (Voyez Violon.) »
Mais, tout en me réservant de dire plus tard que l'ap-
117111D SOI
pogiature n'est qu'un retard sans préparation, je ne puis trouver, du retard lui-même, une définition meilleure que celle-ci : Le retard est une appogtature prelparée. Ces deux choses s'expliquent l'une par l'autre.
De fait, il se passe un peu de nos jours, à l'égard des retards, ce qui s'est passé lorsque, il y a trois cents ans, Monteverde a affranchi certains accords de septième de la formalité de préparation. On en vient de plus en plus à attaquer les dissonances directement, et alors elles s'appellent appogiatures
Au point de vue de l'harmonie classique, tout retard doit être préparé; il n'est même retard qu'à cette condition. Je ne signalerai ici que ceux qui sont d'un usage courant,en mentionnant les particularités qu'ils présentent.
Dans les accords consonants, chacun des trois sons qui font partie intégrante de l'accord peut être retardé.
Retard
de la basse doublée.
Retard
de la quinte.
{
Retard
de la tierce.
Retard
de la basse.
Ce dernier cas est moins usité, parce qu'il présente une sorte d'équivoque avec un accord de sixte, ainsi que le chiffrage le fait ressortir bien clairement '.
1. Je ne donne d'exemples que sur l'accord parfait majeur; l'emploi des retards est le même dans les accords mineurs ou de quinte diminuée.
Lavnanoa. — Le Musique. 10
190 GRAMMAIRE DE LA MUSIQUE
Transportés dans les renversements, ces 'Dèmes retarde deviennent, dans l'accord de sixte :
Retard Retard
de la basse. de la sixte.
Retard Retard
de la basse doublée. de la tierce.
et dans l'accord de quarte et sixte :
Ceux qui prétent à l'équivoque, ce que j'indique par le double chiffrage, sont de beaucoup les moins employés. Dans tout retard, il faut distinguer :
1• La préparation;
2• Le retard proprement dit ;
3• La résolution.
La préparation doit avoir une durée au moins égale à
Retard
dela quarte.
Retard de la basse doublée.
Retard
de la sixte.
Retard de la basse.
RBTARD 191
celle du retard, sans quoi il y aurait syncope boiteuse*, ce qui est absolument prohibé dans les exercices d'harmonie.
Le retard doit occuper un temps fort ou une partie forte ' de temps.
La note de résolution ne doit en aucun cas et dans aucune partie être doublée par mouvement direct; il en résulterait, en raison de l'attention que le retard appelle sur elle, des octaves cachées de la pire espèce, d'un effet très désagréable.
Préparation insuffisante.
Retard
usai placé.
Redoublement par moue. direct de la résolution.
Il est illogique, pendant qu'une note est retardée, de la faire entendre dans une autre partie ; c'est toujours plus ou moins dur.
{
t. Celle dont la première partie est plus courte que la deuitiéme
392 GRAMMAIRE DB LA MUSIQUE
Quelques auteurs permettent exceptionnellement cette licence, surtout sur les notes tonales et lorsque le retard occupe la partie supérieure, comme dans l'exemple précédent; mais il est plus pur de s'en abstenir, et c'est généralement assez aisé,
Dans tous les accords dissonants, les notes formant consonance avec la fondamentale peuvent étre retardées.
A la page 290, j'ai présenté le tableau des retards possibles dans les renversements des accords consonants; ici, je simplifierai en ne donnant plus d'exemples qu'à l'état. fondamental ; il sera facile de trouver ceux des accords renversés, en intervertissant tout simplement l'ordre des notes. On obtient ainsi, notamment, les retards suivants :
Dans l'accord de septième de dominante :
Dans l'accord de septième de sensible, ou dans I'ae. gord de septième diminuée :
Retard de le tierce.
Retard
de la basée doublée.
Retard
de la tierce.
:IIIMIUM•1•IfeAMI. IMIMIIIMMMMIIIMMI 1011111111. mi
.111.1.1IMMIMIIMO^601.1^7^1 1.1.^••^^•MII^MMIIMIIIIM
•
.1100.MIMM.If 7— Il•
-5--
• 4 3
....
m,... mr...........
.....
RETARD
Retard
de la quinte.
ainsi que leurs renversements, et beaucoup d'autres qu'il est facile de deviner.
En résumé, on peut dire qu'un retard, pour être caractérisé, doit former une dissonance préparée de septième ou de seconde avec une autre note constitutive de l'accord, être placé sur un temps relativement fort, et se résoudre en descendant diatoniquement.
Sauf la direction de la résolution, il en est de même des retards inférieurs ou ascendants, dont je veux donner quelques exemples, quoique leur emploi soit très restreint et en général peu classique :
Le seul cas où un retard inférieur soit réellement d'un usage courant, c'est comme double retard dans l'accord de sixte. Quelques auteurs appellent cette disposition : adjonction d'une quinte. Pendant que la septième, préparée, descend sur la sixte, la quinte, également préparée,
Retard inférieur
de la basse
doublée,
ou de la basse.
Retard inférieur
de la tierce,
dans l'accord de
septième de
dominante.
I' -Malan I • •
Ili
AMO•n•IlleM1
ILMI•
IMI•••••••^••11 ••••^^•^••••1 11•••21m1.”••••• IME.B•II.••^•••
teclui3O9•
»0 GRAMMAIRE DB LA MUSIQUE
monte au même degré, formant ainsi une suspension inférieure:
Double retard
ascendant
et descendant.
Ici, on se trouve en présence de deux retards de la sixte, l'un inférieur, l'autre supérieur.
C'est un fait unique, ces deux retard





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