Pièce vocale
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Pièce vocale, exclusivement destinée à l'église, initialement réservée au choeur, puis laissant place à un ou plusieurs solistes, et à l'orchestre. Au Moyen Age, le motet (motetus) consiste dans la superposition de plusieurs mélodies à textes différents (13e siècle) : sur ses origines, cf. infra, pp. .
Sur un cantus firmus constitué d'une mélodie liturgique, se greffe une mélodie indépendante, avec texte souvent profane, qui porte seule initialement le nom de motet. Ultérieurement, le motet désigne une pièce polyphonique, généralement en style d'imitation : Dufay, Ockeghem, Josquin des Prés (15e siècle), puis Lassus, Palestrina, Victoria (16e siècle) sont les grands maîtres du motet polyphonique. Au 17e siècle, l'apparition de la monodie accompagnée et de la basse continue va transformer le développement du motet. On appelle alors ainsi une pièce, généralement de grandes dimensions, pour un ou plusieurs solistes, avec choeur et souvent orchestre. Le motet se distingue mal alors de la cantate, mais ce terme, peu fréquent en Italie et en Allemagne, désigne en France aux 17e et 18e siècles toute composition religieuse sans fonction liturgique précise (motets à une et deux voix de Lully et Couperin, grands motets de Lully, Charpentier, Delàlande, Campra). L'anthem sera l'équivalent anglais du motet-cantate.
Dans ce contexte, les grands motets polyphoniques a cappella (sans aucun accompagnement instrumental) de Bach font figure d'exception.
Ultérieurement, on en arrive à désigner par motet toute pièce religieuse ne relevant ni de la messe, ni de l'oratorio (Brahms, Bruckner, Liszt).
De l'église au concert Cantate
Pièce vocale, en plusieurs parties, à une ou plusieurs voix, parfois avec intervention du choeur, accompagnée au clavier ou à l'orchestre, destinée au concert ou à l'église (jamais au théâtre).
La cantate est en réalité difficile à définir, car elle présente des formes très diverses — et difficile à distinguer de l'oratorio. Son nom signifie simplement pièce chantée (cantata) par opposition à la pièce « sonnée » (sonata) sur instrument à vent ou à cordes, et à la pièce « touchée » (toccata) au clavier. Elle apparaît au début du I 7e siècle avec la monodie accompagnée et son développement correspond à celui de la basse continue. C'est à Florence, dans le cercle du comte Bardi, qu'elle prend naissance ; les Nuove Musiche de Caccini (1617) constituent les premières cantates. Le genre se développa rapidement avec les maîtres italiens Luigi Rossi, Carissimi, Cavalli, puis Stradella et surtout Alessandro Scarlatti, à qui l'on doit plus de cinq cents cantates... En Allemagne, elle est surtout un genre religieux, et prend une ampleur particulière grâce à l'introduction du choeur et presque toujours de l'orchestre : elle devient une partie essentielle du culte luthérien à la fin du 17e et dans la première moitié du 18e siècle, avec Schütz, Buxtehude, Pachelbel, Kuhnau d'abord, puis Matheson, Telemann et surtout Jean-Sébastien Bach.
En France, la cantate profane introduit un élément dramatique qui fait de la cantate française un opéra en miniature (Campra, Bernier, Rameau), tandis que les grands motets de Charpentier et Delalande constituent d'amples cantates sacrées pour plusieurs solistes, choeur et orchestre.
Bach a également écrit un certain nombre de cantates profanes (Cantate du café BWV 211), musicalement très proches de ses oeuvres sacrées, au point de comprendre parfois des morceaux identiques (le choeur initial de la Cantate BWV 214 pour l'anniversaire de la reine de Pologne est le même que celui de l'Oratorio de Noël).
La cantate « patriotique » apparaît chez les musiciens de la Révolution française (Gossec, Cherubini, Méhul). De 1803 à 1969, une cantate, consistant en une scène pour trois personnages avec orchestre mais sans choeurs, servira de concours pour le prix de Rome. Moins officiellement, la cantate reste pratiquée par de nombreux musiciens, avec des ampleurs et des structures aussi variées que la plasticité du genre le permet. Il est caractéristique que Prokofiev ait pu donner le sous-titre de « cantate » à sa musique de film pour Alexandre Nevski. Mais l'oeuvre la plus significative de l'emploi de
106 Lexique musical raisonné
la cantate au 20e siècle est la Cantate profane de Bartôk, l'une de ses oeuvres-clés.
Oratorio
Cantate de vastes dimensions, à plusieurs personnages, sur un sujet sacré (du moins à l'origine). La différence essentielle entre l'oratorio et la cantate (voir ce mot) est le caractère plus dramatique de celui-ci, qui en fait une sorte d'opéra sacré sans mise en scène, tandis que celle-là demeure plus lyrique.
Dès le Moyen Age, certaines scènes de la Bible étaient jouées, récitées et chantées à l'église : ces drames liturgiques aboutissent au 15e siècle aux Mystères et aux Passions. Au 16e siècle, saint Philippe de Neri reprit cette idée à l'Oratorio de Santa Maria in Vallicella, à Rome (d'où le nom d'oratorio). Avec l'apparition de la monodie accompagnée et la naissance de l'opéra, l'oratorio va trouver sa voie définitive : la Rappresentazione di Animo e di Corpo de Cavalieri (1600) est le premier oratorio proprement dit. Carissimi, au l 7e siècle, donne à l'oratorio une dimension dramatique, en particulier par l'introduction du récitant (Jephté). Charpentier en France (Histoires sacrées), Alessandro Scarlatti en Italie puis surtout Haendel, sont les grands maîtres de l'oratorio : le Messie, qui retrace dramatiquement les grands épisodes de la vie du Christ, Israël en Égypte, Balthasar, Judas Macchabée, sont les modèles du genre. Les Passions de Jean- Sébastien Bach sont, elles aussi, des oratorios bien que l'introduction du choral leur donne un caractère plus proprement liturgique.
L'oratorio par la suite reste souvent religieux : la Création de Haydn, le Christ au mont des Oliviers de Beethoven, Sainte Élisabeth de Liszt, le Roi David de Honegger, Job de Dallapiccola. Mais il devient aussi souvent profane depuis les Saisons de Haydn, souvent toutefois pour exalter les valeurs que le compositeur, même s'il est athée, tient pour essentielles : Un survivant de Varsovie de Schoenberg, la Garde de la Paix de Prokofiev, Il Canto sospeso de Nono.
Il arrive aussi que l'oratorio se présente souvent comme un « opéra de concert ». Nombre d'entre eux seront ensuite montés sur scène et partageront le sort des opéras, voire des ballets, normaux. On ne se souvient plus guère du titre originel d'oratorio devant la Damnation de Faust de Berlioz, OEdipus Rex de Stravinski, Jeanne au bûcher de Honegger, Moïse et Aaron de Schoenberg.
Ainsi se referme la boucle qui nous ramène à la musique « lyrique ».
Les formes et les genres musicaux 107
LES GENRES MUSICAUX (MUSIQUE INSTRUMENTALE)
Suite
Succession de mouvements de danse, de rythmes, de caractères et de tempos différents.
La suite est la plus ancienne des formes musicales composées. Elle existe dès le Moyen Age où l'on a déjà l'habitude de grouper des danses deux par deux (une lente et une vive habituellement : pavane/gaillarde).
Elle se développe surtout au 17e siècle, en particulier sous l'influence des luthistes (p. 389 sq.) et c'est le claveciniste allemand Froberger qui, vers 1650, codifie la succession des mouvements : un prélude facultatif (souvent remplacé par une ouverture « à la française ») suivi d'une allemande ; d'une courante ; d'une sarabande et d'une gigue — soit : lent/vif/lent/vif. Entre la sarabande et la gigue, peuvent s'intercaler d'autres danses en nombre variable, et parfois des pièces libres (« airs » ou « aria », « réjouissance », etc.). La suite peut ainsi comporter de quatre à huit mouvements, parfois davantage.
La suite est un genre essentiellement français, ou d'inspiration française. Elle porte en allemand le nom de « partita ». Chez Couperin, sa forme très libre prend le nom d' « ordre » (p. 413).
Mouvements de danse de la suite
STRUCTURE GÉNÉRALE
Le rondeau
Forme issue vraisemblablement d'une forme poétique médiévale du même nom, Il est constitué par l'alternance d'un refrain et de couplets.
C'est l'une des formes favorites des musiciens français surtout à partir de Couperin.
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La forme binaire
La plupart des danses affectent cette forme, en particulier les quatre danses fondamentales de la suite : allemande, courante, sarabande et gigue. Le morceau se divise en deux parties ; la première expose le thème et module vers le ton de la dominante. Cette première partie est reprise intégralement avant de passer à la seconde, qui reprend à la dominante le matériel thématique de la première partie, module davantage, puis retourne à la tonique avant d'être reprise à son tour.
Le double
Une pièce peut être suivie d'une variation, qui en reprend l'essentiel sous une forme ornementée.
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