Anne Ducros

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RÉSONNE?
Q U'EST-CE QUE LE SON SINON UNE VIBRATtON QUE NOTRE
corps apprend à traduire en sensation sonore ? Cela paraît simple, mais en fait l'étude du son est vaste, car elle suppose à la fois des notions de physique, de mécanique et de physiolo- gie. Il y a une part de données acoustiques mesurables et une part de perception ; entre les deux existent des mécanismes com plexes.
Comment les sons sont-ils pro- duits ? Comment l'oreille s'y prend-elle pour nous les faire percevoir ? Celui qui veut com- prendre les mécanismes de
production de la voix, s'exercer à reconnaître les particularités des voix et améliorer sa propre voix, ne peut ignorer ces processus.
SONS ET VOIX
Jetons une pierre dans l'eau les ondulations concentriques de l'eau se transmettent de l'énergie de proche en proche. Que ce soit dans l'eau ou dans l'air, une onde est toujours un mouvement vibratoire initié par un choc, une compression ou un frottement qui déforme le milieu où il se propage. La déformation gagne les molécules voisines qui agissent elles aussi sur leurs voisines pour évacuer le surplus d'énergie reçu et ainsi retrouver leur équilibre.
En acoustique, on distingue la source sonore, soit le son d'origine, et la résonance, soit la vibration réémise par la matière entourant la source sonore. Le frottement de l'archet sur les cordes d'un violon, le pincement des cordes d'une guitare, le souffle qui percute l'anche d'une clarinette, le passage de
l'air sur les cordes vocales sont des sources sonores. Ce sont les molécules d'air qui communiquent les caractéristiques vibratoires du son d'origine aux matériaux des divers instruments. Dans le cas de la voix, les molécules d'air répandent et réverbèrent les vibrations des cordes vocales aux tissus de la gorge et du conduit vocal qui les « résonnent ».
PROPRIÉTÉS ET CARACTÉRISTIQUES DU SON
La vitesse de propagation du son varie selon le milieu dans lequel il se propage, mais aussi en fonction de la température ; dans l'air à température ambiante, elle est de 340 mètres par seconde. Comme toutes les ondes, le son peut être réfléchi (écho, réverbération ou renforcement du son) et réfracté (dans les particules du brouillard).
Ces propriétés ne sont pas utiles au chanteur lui-même, mais elles sont la préoccupation quotidienne des architectes de salles de spectacles, des ingé-
nieurs du son et de l'entourage des chanteurs qui recherchent le meilleur rendu possible pour la voix de leurs artistes.
Toutefois, trois autres caractéristiques des vibrations sonores servent à décrire aussi bien le son que la voix humaine et sont importantes pour le chanteur. Il s'agit :
de l'intensité, qui fait que les sons sont forts ou faibles ;
de la hauteur, qui distingue les sons graves des sons aigus ;
du timbre, qui donne à un son ou à une voix sa couleur caractéristique.
INTENSITÉ
La propagation des ondes sonores est une propagation d'énergie mécanique dont l'intensité dépend de l'amplitude des vibrations. Les variations du flux d'énergie ainsi reçu par l'oreille permettent de distinguer les sons forts et les sons faibles.
On mesure l'intensité du son en watts ; c'est la mesure qu'on
16 Chanter de tout son corps
utilise pour parler de la puis- (10 dB), tout comme elle peut sance des systèmes de son ou se rendreau hurlement (110 dB). des chaînes stéréo. Mais pour Selon les estimations, le son
établir un lien entre l'intensité d'un orchestre symphonique se
du son émis et du son perçu situerait entre 90 et 110 dB.
par l'oreille humaine, très utile
notamment pour légiférer con- L'énergie mécanique du son se tre le bruit, il s'est avéré plus propage dans toutes les direccommode de créer une échelle lions à la fois et se répartit sur de référence dont l'unité est le des surfaces de plus en plus décibel (dB). grandes ; cette propriété des
sons explique pourquoi plus on
Le point zéro de cette échelle s'éloigne de la source sonore, est le seuil d'audibilité, et le moins le son est fort.
maximum de puissance tolé-
rable pour l'oreille humaine se il est possible pour le chanteur
situe autour de 130 à 140 dB. de changer son intensité vocale
en coordonnant divers arrangements des muscles du larynx pour en modifier la longueur, l'épaisseur et la tension, ou en augmentant la pression de l'air pulmonaire sous les cordes vocales.
HAUTEUR
La rapidité de la vibration sonore, telle qu'elle est perçue par l'oreille humaine, permet de distinguer les sons aigus des sons graves (figure 2.1). On mesure cette rapidité en calculant le nombre de crêtes ou de creux
Intensité — amplitude des vibrations — sons forts ou faibles — dB
Pour se donner un point de comparaison, une conversation normale se situe à 50 dB à une courte distance. Cette échelle est de type logarithmique, comme l'échelle Richter pour les tremblements de terre ; autrement dit, chaque unité représente le double de la précédente.
id
3 hertz
1 hertz 2 hertz
J
\l
Dans la voix parlée et chantée, l'intensité peut baisser pratiquement au seuil de l'audibilité, comme dans le chuchotement
1 seconde 1 seconde 1 seconde
Figure 2.1 Fréquence d'un son. La fréquence d'un son correspond au nombre d'oscillations par seconde et se mesure en hertz.
Qu'est-ce qui résonne 17
« Même si on réussit une belle carrière comme chanteur, on ne sait pas tout d'une bonne technique vocale. J'ai eu de la difficulté à trouver ma spécificité et ma couleur de voix, étant donné l'aspect autodidacte de ma démarche. C'est ce qui explique pourquoi je me suis promené d'un registre à l'autre sans arrêt. Il y a plus de vingt ans que je chante et j'ai longtemps pensé que j'étais un ténor, mais j'ai fini par découvrir que je suis un baryton. J'ai une grande étendue vocale qui me permet de chanter ténor, mais ma vraie zone de confort, celle qui me permet de ne pas me blesser, c'est celle de baryton. Il m'aura fallu plusieurs années et deux blessures aux cordes vocales pour le découvrir. »
de la vibration sur une durée d'une seconde, ce qui donne sa fréquence. La fréquence se me- sure en hertz (Hz). Chaque note a un nombre précis de hertz. Par exemple, le do central (do3 ou C3), situé au centre des huit octaves utilisées en musique, vibre à 262 Hz.
La hauteur d'un son ou d'une note dépend donc de la fré- quence du mouvement vibra- toire. La hauteur de la voix par- lée ou chantée varie en fonction de l'âge et du sexe et elle est génétiquement déterminée : on naît avec la voix grave ou aiguà «.
Bruno Pelletier
Dans la plupart des cultures, le classement des voix s'effectue à partir de plusieurs facteurs, dont la hauteur des sons est le premier critère distinctif.
Toutefois, ce n'est pas toute l'étendue des notes que peut émettre une voix qui est consi- dérée pour le classement, mais la portion où l'on observe une homogénéité des sons. On ap- pelle cette portion la tessiture. Cette plage de sons correspond habituellement aux notes où le chanteur est le plus confor- table et où la voix est la plus naturelle.
Le chanteur professionnel peut agir sur l'étendue des fréquences où il peut chanter conforta- blement, mais il ne pourra ja- mais aller jusqu'à changer de tessiture. Quand cela se pro- duit, c'est typiquement parce qu'on découvre qu'il y a eu un mauvais classement au départ.
TIMBRE
Tous s'entendent pour dire que les voix ont une qualité indéfi- nissable qui les rend agréables ou mordantes, chaudes ou anti- pathiques (on peut ajouter mille autres qualificatifs ici), et cette qualité, c'est le timbre. Ces dif- férences qualitatives de sons pourtant de même intensité et de même hauteur s'entendent fort bien : on dit qu'une voix est plus sombre, plus éclatante, plus brillante, plus aigre, plus riche, plus stridente, plus blanche. C'est pourquoi on parle de sa cou- leur, de sa personnalité.
Au plan acoustique, le timbre est relié à la structure du son. En fait, les sons sont des com- binaisons plus ou moins com- plexes de vibrations ayant leur fréquence propre. Le timbre
Hauteur — fréquence — sons aigus ou graves — hertz
18 Chanter de tout son corps
d'un son dépend donc du spectre des fréquences qui le composent. Ce spectre est déterminé par la configuration et le matériau qui produit et réverbère le son.
Ainsi, chaque instrument de musique a un timbre qui lui donne sa personnalité. Selon que l'instrument est petit ou gros (longueur et largeur), selon sa configuration et son contour (forme), selon la densité de son matériau (métal, bois, peau ou tripe), il « résonne » des fré-
quences plus élevées ou plus basses, et l'ensemble de ces résonances lui confère un « son » qui le distingue entre tous.
La voix humaine réagit selon les mêmes principes. Chaque voix est unique parce que son timbre tient à un ensemble de caractéristiques structurelles propres à l'anatomie de la personne. Pour comprendre comment elle est directement affectée par l'état de santé et d'être général, il faut en distinguer la fréquence fondamentale et les harmoniques.
FRÉQUENCE FONDAMENTALE ET HARMONIQUES
Il y a toujours une ou quelques- unes des fréquences du spectre qui sont prépondérantes. Elles forment un groupe de sons de base, qu'on nomme fréquence fondamentale, auquel se superpose une série de sons, les partiels ou harmoniques. La fréquence fondamentale est toujours la plus grave d'un son et les harmoniques sont toujours des multiples de la fréquence fondamentale (figure 2.2).




a) Une voix en santé est riche en harmoniques. b) Une voix fatiguée perd
ses harmoniques.
Figure 2.2 Fréquence fondamentale et harmoniques
o
E _c
fréquence fondamentale
Qu'est-ce qui résonne ? 19
Par comparaison, le diapason produit un son fondamental sans harmonique (440 Hz, la3) : c'est un son pur.
Dans la voix parlée ou chantée, ce sont les mouvements complexes des cordes vocales qui introduisent le spectre des fréquences dans la voix du chanteur, aussi bien la fréquence fondamentale propre à la configuration de son larynx que les harmoniques de fréquences supérieures propres à la configuration de son conduit vocal. Quoique l'épaisseur, la longueur et la souplesse des cordes vocales soient tributaires de la génétique, le chanteur peut les ajuster de manière à augmenter ou à diminuer la légèreté ou la richesse de sa voix, dans les limites toutefois des spécificités génétiquement déterminées. Mais quel que soit le travail effectué sur sa voix, quelles que soient ses manières de l'utiliser, le chanteur émettra toujours un spectre de fréquences particulières uniques qui constituent sa signature.
Pour bien comprendre ce qui distingue les habiletés du chan-
teur, il nous faut aller plus loin dans la compréhension de la résonance vocale.
MODULATION DES SONS ET RÉSONANCE VOCALE
Quand un son harmonique complexe traverse un espace qui le résonne, cet espace se comporte comme s'il préférait certaines fréquences à d'autres, ce qui a pour effet de les amplifier. Or, toute oscillation de la force d'impulsion ou de la pression sur les molécules d'air modifie la perception du son et de ses qualités sonores. D'une
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part, l'intensification de la pression donne l'impression que le son a augmenté de volume ; d'autre part, comme certains harmoniques ne sont pas modifiés, que d'autres sont amplifiés et d'autres atténués, réduits ou affaiblis, le son est perçu comme étant qualitativement différent.
Le conduit vocal, qui commence au-dessus des cordes vocales et s'étend jusqu'à l'extérieur des lèvres, exerce cet effet de modulation sur la source sonore (figure 2.3). Sa taille, sa forme et la densité de ses parois peuvent emprunter une multitude
3000
Hauteur (hertz) —
Figure 2.3 Spectre d'une voix à la sortie du conduit vocal. Le larynx et les résonateurs du conduit vocal introduisent divers sommets d'intensité ou d'énergie dans le spectre sonore, ce que le cerveau interprète comme des qualités sonores particulières.
20 Chanter de tout son corps


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