Lisa Ekdahl

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de formes plus ou moins marquées qui déterminent, dans la voix parlée et la voix chantée, quelles fréquences harmoniques sont amplifiées, lesquelles sont atténuées ou restent inchangées. Ces effets du conduit vocal sur le spectre de la source vocale constituent ce qu'on appelle la résonance vocale.
La relation entre la forme du conduit et la longueur d'onde est la clé du phénomène de résonance. Un conduit vocal plus large contribue à la perception que la voix est plus ronde, plus riche, parce qu'il fait ressortir les basses fréquences ; inversement, un conduit vocal plus petit « résonne » les fréquences plus élevées, et la voix est perçue comme plus claire.
En fait, le conduit vocal est constitué d'une chaîne d'espaces de résonance de formes et de dimensions et variées, qu'on appelle résonateurs (voir chapitre 3). Le son émis par les cordes vocales émerge à l'autre bout du conduit vocal avec la même fréquence fondamentale, mais il acquiert durant son parcours une qualité vocale sensi-
blement différente sous l'action des résonateurs.
Cet aspect est très important pour le chanteur : tout son travail consiste à apprendre à former son conduit vocal de manière à produire diverses résonances dans les limites de son spectre sonore original pour lui donner les qualités vocales correspondant aux émotions et aux sens particuliers qu'il souhaite exprimer.
RÉSONATEURS ET FORMANTS
Les résonateurs amplifient des groupes particuliers d'harmoniques à l'intérieur du spectre
sonore généré par les cordes vocales en y introduisant des zones de renforcement de certains harmoniques, qu'on appelle formants (figure 2.4). À la figure 2.4, les fréquences sont réparties sur l'axe horizontal en fonction de leur hauteur (hertz), alors que l'axe vertical représente leur amplitude (dB). Les sommets des fréquences les plus marquées du spectre constituent la couleur et la personnalité de la voix.
Chaque résonateur est susceptible de produire un formant si des harmoniques d'un son correspondent à sa fréquence de résonance. On observe que,
Figure 2.4 Résonateurs et formants. Chacune des lignes verticales représente un groupe d'harmoniques.
Qu'est-ce qui résonne ? 21
quelle que soit leur hauteur, les sons vocaux comprennent qua- tre formants principaux qui ap- paraissent aux environs de 500, 1500, 2500 et 3500 hertz ; ils correspondraient à quatre com- binaisons de forme et d'ouver- ture des lèvres, de la langue, du palais mou et de la mâchoire.
Les chanteurs d'opéra présen- tent parfois un formant sup- plémentaire situé entre 2500 et 3200 Hz, donc entre les 3e et 4e formants : on l'appelle formant du chanteur. Il serait généré sans effort par des effets de résonance quand le larynx s'abaisse et que le conduit vo- cal s'allonge. Cette amplitude, à ces fréquences, serait utile pour se faire entendre au-delà de l'orchestre dont les harmo- niques sont moins amplifiés à cette hauteur.
En chant populaire ou de va- riétés, les chanteurs n'ont pas besoin de recourir à cette tech- nique, car ils utilisent des ap- pareils électroniques comme mode d'amplification. De toute manière, la distorsion des mots prononcés à ces fréquences se- rait trop peu naturelle.
COMMENT LA VOIX EST- ELLE PRODUITE?
La complexité et le raffinement des vibrations émises par les cordes vocales en réponse à la pression de l'air qui les traverse ne se comparent à aucun autre mode de production des sons.
Quand l'air en provenance des poumons commence à circuler entre les cordes vocales, la pres- sion provoque des ondulations rapides de bas en haut dans les tissus des deux cordes vocales. Les creux des deux cordes se rencontrent et laissent passer de petites quantités d'air alors que les crêtes s'entrechoquent et provoquent les ondes de choc qui démarrent la chaîne de réactions à travers les molé- cules d'air de la gorge.
Aussi longtemps que l'air cir- cule, l'ondulation se poursuit avec son alternance de creux et de crêtes.
Si les cordes vocales sont en bonne santé, leur longueur, leur épaisseur et leur tension sont modifiées simultanément de telle sorte qu'elles ondulent au
même rythme, aussi bien lors de la voix parlée que de la voix chantée. Plus elles sont lon- gues, minces et tendues, plus l'ondulation est rapide, ce qui est perçu par l'oreille humaine comme des sons de hautes fré- quences. Inversement, plus les cordes sont courtes, épaisses et détendues, moins l'ondula- tion se répète, ce qui est perçu comme des sons de basses fré- quences.
En chant, pour qu'une note soit juste, il doit y avoir un juste équilibre dans la pression de l'air sous les cordes vocales et une grande précision dans la coordination des divers muscles du larynx. Quand on parle, on passe en douceur d'une vibra- tion des cordes vocales à une autre, mais pour pouvoir chan- ter, on doit apprendre à stabi- liser la longueur, l'épaisseur et la tension de ses cordes vocales en des points précis correspon- dant aux notes à chanter.
Pour parler ou chanter fort, les cordes vocales doivent être fortement serrées ensemble, ce qui requiert davantage de pression d'air pour amorcer les
22 Chanter de tout son corps
Figure 2.5 Oreille interne, moyenne et externe
Oreille externe
Oreille
moyenne
I II
Oreille interne
pavillon
ondulations ; l'amplitude des ondulations et la force d'impact des ondes de choc sont alors au maximum. Quand on parle ou qu'on chante doucement, on fait l'inverse : les cordes vocales sont plus relâchées, la pression de l'air moindre, l'amplitude des cordes moins élevée et les collisions moins nombreuses.
Ces considérations ont de l'importance quand se pose pour le chanteur populaire la question d'apprendre à amplifier sa voix sans crier ni forcer ses cordes vocales. En ce sens, nous aborderons la technique d'amplification « belting » qui consiste à augmenter la puissance, sans nécessairement chanter plus fort.
COMMENT L'OREILLE ENTEND-ELLE LES SONS ?
La voix imprime une intention et un sens dans la mécanique du larynx et transfère les mouvements des cordes vocales dans l'air sous la forme physique de vibrations sonores (figure 2.5). L'oreille inverse le processus
Qu'est-ce qui résonne ? 23
« Quand on est à la fois imitateur et chanteur, les gens croient que nos oreilles sont impeccables, mais non, je n'ai pas l'oreille absolue. Il m'a fallu développer une technique vocale pour pouvoir reconnaître quand les chanteurs en ont une ou non. Malgré tout, j'ai eu de la difficulté à enregistrer en studio jusqu'à ce que j'aille me perfectionner dans un centre Tomatis. Grâce à leur technique d'écoute électronique avec casque d'écoute, je me suis entraîné à m'écouter de l'oreille droite et à maîtriser ma voix. j'obtiens maintenant une meilleure concentration et, surtout, une belle voix ronde, non forcée et très juste. Rééduquer mon oreille de cette façon a définitivement résolu mes difficultés en studio d'enregistrement. »
de production des sons en les transformant de vibrations sonores en oscillations, puis en impulsions électriques. Grâce à trois systèmes complexes de nature physique, mécanique et neurologique, l'oreille encaisse les vibrations de l'air où se propage le son, les achemine des osselets à la cochlée où les terminaisons nerveuses les relaient au cerveau sous forme d'impulsions.
Ce transfert d'énergie, des stimulus physiques jusqu'à leur conversion en influx nerveux, se réalise dans les trois compartiments de l'oreille : l'oreille externe, l'oreille moyenne et l'oreille interne.
Steeve Diamond
L'oreille externe est l'organe de réception du son : le pavillon détecte l'origine du bruit, le conduit auditif et la face externe du tympan captent le son et l'acheminent à l'oreille moyenne.
L'oreille moyenne transforme cette énergie acoustique en énergie mécanique grâce aux osselets (marteau, enclume et étrier), aux fenêtres (ovale et ronde) et à la cochlée (figure 2.6). Elle contribue aussi à atténuer le son en redistribuant l'énergie des osselets aux zones environnantes. L'oreille moyenne sert ainsi de mécanisme de protection contre les sons de trop forte intensité.
L'oreille interne loge l'appareil de perception, soit la chaîne nerveuse. Cette dernière commence dans l'organe de Corti, où les cils amorcent la perception, et se continue dans les cinq étages de neurones qui aboutissent aux aires auditives du cortex cérébral. Il est intéressant de constater que, pour réussir à transmettre les messages sonores, ces cinq niveaux contiennent de plus en plus de neurones : 25 000 aux ganglions de Corti, 90 000 aux noyaux cochléaires, 400 000 aux Zef et 2" relais mésencéphales et plus de 10 millions dans le cortex auditif.
Malgré la puissance de cette captation et quelle que soit l'intensité des sons, il y a un seuil au-delà duquel l'oreille humaine ne les perçoit plus. Chez la majorité des êtres humains, les fréquences inférieures à 15 Hz et supérieures à 20 000 Hz ne produisent aucune sensation sonore. En général, l'oreille humaine entend dix octaves. Par comparaison, la voix s'étend sur quatre octaves, entre 70 et 1500 Hz (dol à sol5, Cl à G5).
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Figure 2.6 Mécanisme de l'entendement. Le cheminement du son dans l'air jusqu'à l'entendement s'amorce par la transformation des vibrations acoustiques (énergie physique) captée par le pavillon de l'oreille en vibrations des trois osselets (énergie mécanique) qui sont à leur tour traduites en impulsions nerveuses (énergie électrique) dans l'oreille interne et acheminées au cerveau.
Énergie physique Énergie mécanique Énergie électrique
terminaisons nerveuses
cils
canal cochléaire
membrane de Corti
organe de Corti
Entre autres propriétés, le son a la capacité de contourner les obstacles ; c'est ce qui explique l'asymétrie de perception entre les deux oreilles. Un même son est toujours perçu plus fort s'il est en ligne directe avec les oreilles que s'il est produit en
avant ou en arrière de la tête. La présence de la tête introduit une différence dans la perception des sons aigus par les deux oreilles. À l'inverse, pour les sons graves, d'amplitude plus grande, c'est un écart dans le temps qui est perçu.
Par ailleurs, l'oreille a la faculté de discriminer et de sélectionner les fréquences, ce qui lui permet, par exemple, de capter la voix particulière d'un interlocuteur ou d'un bruit extérieur même dans un bruit ambiant de forte intensité.
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CHAPITRE 3
QUEL EST CE CORPS
QUI CHANTE?
0 N A VU QUE LA VOIX EST UN PHÉNOMÈNE PHYSIOLOGIQUE
par lequel l'air expiré des pou- mons est transformé en énergie acoustique. Cet air expiré dé- clenche la vibration des cordes vocales qui, elles, engendrent le son. Ce mécanisme est simi- laire au jeu d'enfant qui con- siste à souffler dans deux brins d'herbe que l'on rapproche pour créer un sifflement. Le son produit par la vibration des cordes vocales résonne dans la gorge pour être ensuite modulé par la bouche, la langue et les lèvres.
La complexité du phénomène est mise en évidence par la voix chantée. En effet, la technique de la voix chantée est fondée sur une connaissance de l'anatomie et de la physiologie de la gorge, du larynx et des voies respiratoires. C'est un chanteur et pédagogue, Emmanuel Garcia, qui a le premier inventé une technique d'autoexamen des cordes vocales par un jeu de lumières reflétées sur des miroirs. Le miroir laryngé est toujours d'usage courant, mais grâce à la fibre optique et à la
stroboscopie, il est maintenant possible d'examiner les cordes vocales en vibration et le larynx en phonation. L'analyse acoustique témoigne du résultat de la technique au-delà de l'appréciation subjective et perceptuelle.
Beaucoup d'informations et de technologies d'observation sont donc accessibles au chanteur qui désire approfondir ses connaissances sur la voix. Entre autres, il importe au chanteur de bien comprendre le méca-
nisme de la respiration, le fonctionnement de son larynx et la localisation de ses résonateurs.
RESPIRATION
Le poumon est un ballon sujet aux pressions à l'intérieur de la cage thoracique. Les côtes forment les parois de la cage et le diaphragme forme la base de la cage thoracique (figure 3.1). Quand les côtes sont en élévation. elles créent une expansion de la cage thora-
Expiration Inspiration
Les muscles intercostaux extérieurs compriment Les muscles intercostaux intérieurs relè-
le thorax et font remonter le diaphragme. vent le thorax et le diaphragme s'abaisse.
Figure 3.1 Mouvement du diaphragme durant la respiration
poumons sternum
xiphoïde diaphragme
28 Chanter de tout son corps
a) Mauvaise posture b) Posture correcte
Figure 3.2 Posture pour le chant
cique, tels les mouvements de l'anse d'un seau, et permettent aux poumons de se remplir d'air. Le diaphragme est un muscle en forme de dôme inversé. Sa contraction augmente la pression dans la cage thoracique et l'air est expulsé du poumon.
La durée de la phonation est contrôlée par le débit de l'air expulsé par les poumons. Le
chanteur doit contrôler ce débit non seulement par la tension du larynx, mais aussi par la tension de la cage thoracique. Les muscles abdominaux entrent en jeu pour stabiliser la cage thoracique et permettent les mouvements du diaphragme.
L'alignement postural est primordial à l'efficience respiratoire et phonatoire. Une mauvaise
posture restreint l'excursion de la cage thoracique et diminue le support à la phonation. Que ce soit en chant classique ou en chant populaire, la meilleure position pour la tête est la même : la tête doit être dans l'axe de la colonne vertébrale en position debout. ll ne faut pas avancer le menton pour ne pas restreindre le mécanisme du larynx (figure 3.2).

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