Les cordes vocals, leurs fragilités

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provocatrice, elle ne s'avère que peu fondée sur une véritable croyance en ces valeurs — en quelque sorte, le schéma apparaît comme identique à l'image satanique que nous développions précédemment. En outre, peu d'adeptes de musique métal s'avèrent être des négationnistes en puissance, et si ces codes ne sont pas totalement ignorés par les fans, ceux- ci semblent assimilés comme image inhérente au genre, ainsi que tolérés tant qu'ils restent minoritaires. En d'autres termes, le Métal semble être un courant aimant manier la notion d'extrême, et en ce sens il se plaît à cultiver toute forme extérieure pouvant enrichir cette image.
C) Notes sur le bruit et la violence
La notion de puissance sonore est inhérente à la musique métal. Déjà dans les années 70, un guitariste pionnier du Heavy-metal nommé Ted Nugent déclarait cette célèbre maxime : « Si c'est trop fort, c'est que vous êtes trop vieux ! ». Les suiveurs n'oublièrent pas l'apophtegme du maître et la logique de surenchère sonore continua dans les années à venir, l'aspect bruyant pouvant être quelquefois un argument de poids vis-à -vis de l'authenticité d'un groupe, tel le groupe MANOWAR se targuant de jouer aussi fort qu'un avion lors de son décollage123. Heureusement, afin d'éviter les pertes auditives que peuvent entraîner de tel volume sonore, des normes sont aujourd'hui imposées lors de concerts et une certaine prévention est mise en place depuis quelques années afin de sensibiliser le public à ces risques. Si le volume sonore élevé s'avère important pour l'auditeur de musique métal (mais aussi de rock), la perception de son entourage se révèle souvent toute autre : en effet, il semble que cette musique soit souvent perçue en terme de bruit, de « parasite » étayerait Castanet, et par conséquent de phénomène désagréable. C'est pourquoi nous allons tenter ici l'amorce d'une réflexion sur la notion de bruit dans la musique métal, essayer de comprendre la raison d'une telle connotation, et enfin réfléchir sur cet aspect bruyant et son éventuelle nécessité dans cette musique.
Tout d'abord, nous tenterons une définition de la notion de « bruit », qui comme nous le verrons peut s'avérer multiple. Puis, nous essayerons d'établir les correspondances qu'il peut y avoir entre la perception du son-bruit et les effets physiologiques sur le corps humain. Nous
123 Sachant que l'intensité sonore d'un avion à réaction est de l'ordre de 130 décibels et que le seuil de la douleur chez l'homme se situe autour de 120 dB, on peut s'imaginer la puissance sonore d'un tel phénomène. Afin d'avoir un aperçu des différents niveaux de bruits, cf le tableau comparatif d'Alain Muzet in Le bruit, Flammarion, coll. Dominos, 1999, p. 13.
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tenterons alors d'explorer ces indices à la lumière de la musique métal, de comprendre en quoi le bruit est communication dans le Métal, et par incidence pourquoi celui-ci est synonyme de peur pour le non-initié.
1- Le Bruit
Le bruit est une notion complexe en lui-même, l'AFNOR124 en donne par exemple cette définition : « Le bruit est un phénomène acoustique n'ayant pas de composantes définies et produisant une sensation auditive désagréable. »125 En effet, on ne peut tirer comme substance concrète de cette définition que la moelle sonore : en d'autres termes, le bruit est avant tout un son, ses composantes n'étant ici pas définies, et la notion de « désagréable » étant plus ou moins vague — cette dernière variant selon les individus. De plus, de nombreux autres paramètres sont à prendre en compte pour tenter d'interpréter la perception d'un bruit — sa durée, son caractère impromptu ou non, l'écart entre le bruit de fond ambiant et le bruit analysé, etc. — ce qui rend bien sà »r toute définition immuable difficile.126 Une définition scientifique serait que « le bruit résulte d'un mélange complexe de sons d'intensités et de fréquences différentes. »127, induisant ainsi des caractéristiques plus précises (intensités, fréquences) mais qui sont elles aussi inhérentes au son. En somme, « il n'y a donc pas de
124 AFNOR : Association française de normalisation ; s'occupe de l'élaboration, de l'homologation des normes de divers produits par la coordination et l'entente des divers groupements (professionnels, pouvoirs publics...) concernés par ces produits.
125 Alain Muzet, op. cit., pp. 7-8.
126 À propos de la perception, quelques pistes de réflexions sont à signaler dans l'ouvrage de Pierre Albert Castanet (Tout est bruit pour qui a peur. Pour une histoire sociale du son sale, Paris, Michel de Maule, 1999) aux pages 130 et 319. Nous en avons d'ailleurs relevé quelques propos significatifs :
- « À la suite des travaux de Piaget, chacun sait que l'acte de perception est lié au développement psychologique du sujet mais également aux principes de son insertion socio-culturelle et à ceux de son développement dans le sens de l'Histoire », p. 130.
- « Un objet prend une signification pour un individu qui l'appréhende lorsqu'il met l'objet en relation avec des secteurs de son vécu, c'est-à -dire l'ensemble des autres objets qui appartiennent à son expérience du monde », propos de Françoise Escal cité par Castanet, p. 130.
Notre dernier relevé s'avère un peu plus pointu et annonce en sa finalité un point qu'il nous faudra sà »rement examiner de plus près au cours de notre étude :
- « Jean-Claude Risset a d'ailleurs rappelé en 1977 que l'agrément de la perception sonore suppose un débit d'information équilibré entre deux extrêmes : prévisibilité, banalité, intelligibilité d'une part, imprévisibilité, originalité, inintelligibilité d'autre part. Il ne peut y avoir sentiment musical qu'entre les extrêmes, entre les rengaines et le bruit sur une échelle d'information croissante ; et l'éducation, permettant d'apprécier les structurations comme redondances, abaisse l'information et déplace la zone vers le point de haute complexité en approfondissant l'agrément musical. Il n'est donc pas étonnant que les musiques incomprises aient été de tout temps traitées de bruit [...] », p. 319.
127 Annie Moch, La sourde oreille. Grandir dans le bruit, Privat, coll. Epoque, 1985, p. 14.
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différence fondamentale entre un bruit et un son »128, seule l'analyse spécifique semble pouvoir corroborer ce « mélange complexe » inférant à la notion de bruit.129
Le bruit en musique est plus particulièrement l'apanage du XX' siècle, ou en tout cas il est un des grands facteurs qui suscita l'intérêt pour palier à l'esthétique classique du Beau.13° Cependant, il nous faut bien concéder à l'instar de Pierre Albert Castanet que « tout est affaire de vocabulaire historique »131, le bruit étant en effet un concept ancien dont les perceptions et définitions divergent au fil des époques132 : de son lien à la connotation dissonante en musique, à l'utilisation d'enclumes ou de marteaux (Verdi, Wagner...), au cluster de Cowell (1916), à l'utilisation de râpes à fromage dans L'Enfant et les sortilèges de Maurice Ravel, aux machines à bruits de Luigi Russolo, à la musique concrète de Pierre Schaeffer, à la musique concrète instrumentale d'Helmut Lachenmann ou de Gérard Pesson ... — les exemples d'expériences sonores incorporant la notion de bruit pourraient être encore nombreux. Il n'est donc pas étonnant qu'avec les moyens d'amplification sonore apparaissant et se démocratisant au cours du XX' siècle, que la musique populaire s'en soit emparée et ait pu tenter elle aussi son aventure "bruyante". Et le Métal est un grand porte-drapeau de cette perspective musicale « populaire ». Mais tout d'abord interrogeons nous sur la perception que l'homme peut avoir du bruit.
« Tout est bruit pour qui a peur » titre l'ouvrage de Castanet empruntant la célèbre tirade de Sophocle, titre à vraisemblablement méditer. En effet, quels sont ces facteurs qui font craindre le bruit à l'homme ? Pour tenter d'éclaircir ce problème complexe nous allons exposer ici les conséquences du bruit d'un point de vu auditif et physiologique, de l'état foetal de l'homme à son évolution ultérieure, afin de mieux comprendre cette « peur » du bruit et par corrélation sa présence comme élément fondamental du genre Métal.
Quels sont les facteurs liés à la vie courante qui font que l'homme qualifie un élément sonore de bruit ? Il semblerait que ce soit le fait de subir ce son-bruit, et donc que celui-ci lui soit désagréable.133 Bien avant notre naissance nous percevons déjà les sons, le foetus est
128 Annie Moch, ibid., p. 14.
129 Pour une étymologie du mot « bruit », cf Pierre Albert Castanet, op. cit., pp. 289-290.
130 ce propos, on peut consulter l'ouvrage de Castanet, ibid., pp. 28-29.
131 Pierre-Albert Castanet, ibid., p. 179.
132 Cf aussi Castanet, ibid., pp. 166-167.
133 « Ce n'est pourtant pas l'intensité sonore qui prévaut ici, mais probablement un sentiment d'avoir à supporter des bruits non choisis, une intrusion dans sa vie privée... [...] Ainsi l'acceptation ou le refus des autres, de la société dans laquelle on vit, du monde moderne, peuvent largement influencer la tolérance aux bruits. », Annie Moch, op. cit., pp. 33-34.
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