comment apprendre à chanter juste
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fa, sur lesquelles la voix du pontife descend
avec une si paisible majesté. En outre, la partie
d'alto est changée, et les accords que Mozart avait
mis au nombre de deux seulement par mesure,
entrecoupés de petits silences d'une admirable
intention, se trouvent remplacés par six notes
dans les violons, et enrichis d'une tenue de deux
cors à laquelle n'avait pas songé l'auteur.
Plus loin, c'est le choeur des esclaves : 0 caca
armonia, qu'il a impitoyablement estropié, et dont
il s'est servi pour fabriquer l'air encore charmant, malgré tout : Soye: sensibles à nos peines ;
ailleurs, c'est le duetto : La dore prende arnor
rirent), qu'il a converti en trio ; et, comme si la
partition de la Flirte enchantée ne suffisait pas à
cette faim de harpie, c'est aux dépens de celles
de Tito et de Don Gioranni qu'elle va s'assouvir.
L'air : Quel charme à mes esprits rappelle est tiré
de Tito, mais pour l'andante seulement, l'allegro
si original qui le complète ne plaisant pas appa-
remment à notre uomo rapace. Bien qu'il eà »t pu
satisfaire aux exigences de la situation, il l'en a
arraché pour en cheviller à la place un autre dans
lequel il a fait entrer des lambeaux de l'allegro
de Mozart.
Et savez-vous ce que ce monsieur a fait encore du fameux Fin chan dal rino, de cet éclat de verve
libertine où se résume tout le caractère de Don
Juan ?... un trio pour une basse et deux soprani
20 MOZART
chantant entre autres gentillesses sentimentales
les vers suivants :
Heureux délire !
Mon coeur soupire! Que mon sort diffère du sien! Quel plaisir est égal au mien!
Crois ton amie,
C'est pour la vie
Que ton sort va s'unir au mien (bis)...
0 douce ivresse De la tendresse!
Ma main te presse, Dieu, quel grand bien!
C'est ainsi qu'habillé en singe, affublé de ridi-
cules oripeaux, un oeil crevé, un bras tordu, une
jambe cassée, on osa présenter le plus grand
musicien du monde à ce public français si délicat, si exigeant, en lui disant : voilà Mozart! 0 misé
rables, vous fà »tes bien heureux d'avoir à faire à
de bonnes gens qui n'y entendaient pas malice et
qui vous crurent sur parole; si vous aviez tardé
quelque vingt-cinq ans pour commettre votre
chef-d'oeuvre, je connais quelqu'un qui vous
aurait envoyé un furieux démenti.
Nous avons toujours cru, en France, beaucoup
aimer la musique; il faut espérer que cette opi-
nion est mieux fondée aujourd'hui qu'elle ne
l'était à l'époque où l'on écartelait ainsi Mozart
FLUTE ENCHANTÉE ET WISTÈRES D'ISIS 21
à l'Opéra. En tout cas, quand une nation en est encore à supporter de semblables profanations, c'est le signe le plus évident de son état de barbarie, et toutes ses prétentions au sentiment de l'art sont le comble du ridicule.
Je n'ai pas nominé le coupable' qui s'est ainsi vautré avec ses guenilles sur le riche manteau du roi de Flyirmonie ; c'est à dessein; il est mort depuis longtemps; ainsi paix à ses os, il serait inutile de donner à ce nom aucun genre de célébrité ; j'ai voulu seulement faire ressortir l'intelligence avec laquelle les intérêts de la musique ont été défendus chez nous pendant si longtemps, et montrer les conséquences du système qui tend à placer le sceptre des arts entre les mains de ceux qui, ne voulant s'en servir que pour battre monnaie, sont toujours prêts, au moindre espoir de lucre, à encourager le brocantage de la pensée, et pour quelques écus feraient, selon la belle expression de Victor Hugo, corriger Homère et gratter Phidias.
S. Il s'appelait Lachnith.
CHERUBINI
ESQUISSE BIOGRAPHIQUE
20 mars 1842.
La vie de ce grand compositeur peut être offerte
aux jeunes artistes comme un modèle sous pres-
que tous les rapports. Les études de Cherubini
furent longues et patientes, ses travaux nom-
breux, ses ennemis puissants. A l'inflexibilité de
son caractère, à la ténacité de ses convictions, se
joignait une dignité réelle qui les rendit toujours
respectables, et qu'on ne trouve pas souvent, il
faut malheureusement le reconnaître, chez les
artistes même les plus éminents.
Né à Florence, vers la fin de 1760, disciple dès
l'âge de neuf ans, de Bartholameo et d'Alexandra
Felici, et plus tard de Bizarri, et de Castrucci,
maîtres tous également inconnus aujourd'hui, il
n'acheva son éducation musicale que vers sa
2
26 CHERUBINI
vingtième année et sous la direction de Sarti.
Le grand duc de Toscane, Léopold II, le prit alors
sous sa protection spéciale, et Sarti, pour prix
de ses leçons, se contenta de faire écrire à son
élève une foule de morceaux qu'il intercalait dans
ses propres ouvrages, et dont il gardait sans
scrupule tout l'honneur pour lui seul. Le maitre
dut se décider pourtant à donner carrière à son
élève; et Cherubini, libre enfin de voir ses com-
positions applaudies sous son nom, écrivit pour
les théâtres d'Italie plusieurs partitions dont le
succès le fit bientôt appeler à Londres. Ce fut en Angleterre qu'il composa la Pinta principessa et Julia Sabino. Quelques années après, Ifigenia in
Aulide parut avec un grand succès sur le théâtre
de Turin. Après avoir &Inné Faniskd, à Vienne,
Cherubini retourna en Angleterre pour diriger
les concerts de la Société Philharmonique. A son
retour en France, son ami Viotti, qui était fort à
la mode, le mit en relations avec le monde élégant
et lui ouvrit la plupart des salons de la capitale.
Cherubini songea seulement alors à écrire pour
la scène française, et Marmontel lui donna le
poème de Démophon. Ce sujet, très dramatique et
essentiellement musical cependant, avait déjà été
fatal à une partition de Vogel, dont la pathétique
ouverture est seule restée. Le succès du Démophon
de Cherubini fut douteux ; mais les beautés éner-
giques qu'on ne put y méconnaître firent pres-
ESQUISSE BIOGRAPHIQUE 27
sentir ce qu'on pouvait attendre de l'auteur dans ce genre grandiose et sévère.
Chargé bientôt après de la direction musicale de l'Opéra-Italien, il dut, dans l'intérêt des ouvrages qu'on y représentait et, peut-être aussi bien souvent, pour satisfaire les caprices des chanteurs, reprendre sa tache de collaborateur anonyme, abandonnée avec les leçons de Sarti. Il introduisit ainsi dans diverses partitions un grand nombre de morceaux charmants, dont quelques-uns décidèrent le succès des opéras auxquels il les donnait si généreusement; tels lurent le fameux quatuor des Viaggiato•i felici et celui moins connu mais également admirable du Don Giovanni de Gazzaniga. Ce qui prouve sans réplique qu'il y eut un compositeur italie'n du nom de Gazzaniga, qui fit un opéra de Don Giovanni : Mozart aussi en a fait un.
Tout en écrivant ces mélodieux fragments pour les habiles virtuoses du Théâtre-Italien, Cherubini étudiait l'esprit de l'école française, et cherchait si, en demandant davantage à l'accent dramatique, aux modulations imprévues, aux effets d'orchestre, on ne pourrait suppléer à ce qui manquait d'habileté aux chanteurs français. La question fut résolue affirmativement par son opéra de Lodo.iska, dont le succès eut été plus long et plus populaire si le petit ouvrage de Kreutzer, sur le même sujet et portant le même
28 CHER UBINI
titre, ne se fut assuré la vogue par une plus
grande facilité d'exécution et par l'exiguité gra-
cieuse de ses formes mélodiques. On sait qu'en
France surtout, des productions grandes et belles
sont souvent éclipsées par d'autres qui ne sont
que jolies. La Lodoïska de Cherubini produisit
néanmoins une profonde sensation dans le monde
musical, et le mouvement qu'elle imprima à
l'art, secondé par les efforts à peu près paral-
lèles de Méhul, de Berton et de Lesueur, amena
pour l'école française une ère de gloire à laquelle
il était permis de douter qu'elle pà »t jamais
atteindre.
Lodoïska fut suivie, à des intervalles plus ou
moins rapprochés, d'Élisa ou le Mont Saint-Ber-
nard, de Médée, de l'Hôtellerie portugaise et enfin
des Deux Journées, dont le succès devint rapide-
ment populaire. C'est dans Élisa que se trouve ce
chœur de moines cherchant les voyageurs ense-
velis sous la neige, qu'on a trop rarement exé-
cuté aux concerts du Conservatoire, et dont le
caractère est empreint d'une telle vérité, qu'on
disait en l'entendant : « Cette musique fait gre-
lotter! » Dans le mémo opéra, on admire avec
raison la scène de la cloche, dans laquelle, en
tournant constamment autour de la note unique
d'une cloche, dont le tintement se fait entendre
sans interruption d'un bout à l'autre du morceau,
le maitre a montré tout ce qu'il possédait de
ESQUISSE BIOGRAPHIQUE 99
ressources harmoniques et son adresse rare à
enchaîner les modulations.
La Médée est une oeuvre plus complète que la
précédente; elle est restée au répertoire d'un
grand nombre de théâtres allemands, et c'est
une honte pour les nôtres qu'elle en soit bannie
depuis si longtemps.
La même observation s'applique aussi aux
Deux Journées, qu'on a eu dernièrement une
velléité de remonter à l'Opéra-Comique, et qu'on
a laissées en définitive dans les cartons, parce
qu'il était impossible d'accorder à l'auteur, pour
le rôle du porteur d'eau, l'acteur Henri qu'il exi-
geait. Voilà de ces impossibilités à faire mourir
de rire, et dont on parle aussi sérieusement dans
nos théâtres que s'il s'agissait de ressusciter
Talma. L'Ilôtellerie portugaise a été moins heu-
reuse. Cette partition n'est pas même gravée; il
n'en est resté qu'un trio bouffe fort intéressant
(on le chante souvent dans les concerts) et l'ou-
verture, dont l'andante contient un canon sur l'air
des Folies d'Espagne d'une couleur mystérieuse et
de l'effet le plus original.
Un peu avant la représentation de son opéra
des Deux Journées, Cherubini avait été nommé
l'un des inspecteurs de l'enseignement du Con-
servatoire. Cette place fut pendant longtemps la
seule qu'il eut à remplir; Napoléon ayant, comme
on sait, une affectation bizarre, et en tout cas peu
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