Chant métal
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se défouler. Pour finir sur une ouverture, peut-être la notion de « violence pure » que Michaud emprunte à Walter Benjamin peut-elle s'appliquer à notre schéma très succinctement abordé au cours de notre exposé, dans le sens où celle-ci n'est « absolument pas moyen mais pure manifestation de la colère [et] ne demande rien et ne veut rien, [...] ne manifeste aucune volonté et n'instaure aucun ordre [...] pour mieux affirmer l'âme du vivant [...] » (Michaud, pp. 110-111). Sous ces angles, il semble en tout cas qu'il y ait quelques affinités d'ordre conceptuel : en résumé, une violence qui se trouve magnifiée en un instant t, mais dont les répercussions ne s'avèrent pas être amplifiées lors de ses manifestations ultérieures. En d'autres termes : « La pureté d'une violence affirmative, propre à la vie et à la jeunesse ».179
En guise de conclusion, il nous faut bien noter que ce point de la violence mériterait de plus amples examens, cependant notre tentative visait à aborder celui-ci de manière générale — afin d'apposer quelques jalons de réflexions —, mais aussi ouverte — afin de ne pas figer des notions déjà complexes. Seules de futures investigations en ce sens pourront permettre de mieux comprendre les rapports, intimes ou non, qu'entretiennent la violence et le Métal.
179 Yves Michaud, op. cit., p. 111.
PARTIE II
ETUDE DES ASPECTS
EXTRA-MUSICAUX RELATIFS AU
METAL
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A) Le visuel
Nous avions commencé un peu plus haut un petit portrait des acteurs du milieu méta118°, que nous avions tout d'abord succinctement abordé d'un point de vue physique, puis dont nous avions axé l'approche d'un point de vue plus particulièrement social. Il est désormais temps de revenir sur l'aspect strictement visuel, afin d'en comprendre les modalités et les significations. Car, en effet, comme dans de nombreux autres styles musicaux, le Métal possède ses propres codes visuels, chargés de sens, qui permettent son identification — appartenance à un milieu et de ce fait désunion partielle vis-à -vis d'autres — dans la sphère multiple du champ social. Une approche première (mais malheureusement non exhaustive, ce qui demanderait un espace plus important que ce présent travail) des différents signes inhérents au Métal — look, symboles ... — nous permettra dans un premier temps de dresser un portrait minime mais intéressant des quelques indices ostentatoires qui participent à l'élaboration du genre ; nous tenterons d'ailleurs, lorsque cela sera possible, d'illustrer nos propos à l'aide de quelques images. La deuxième et dernière approche se voudra plus réflexive, et tentera, notamment au travers des commentaires de quelques spécialistes du Rock et chercheurs tels Bertrand Ricard ou Jean-Marie Seca, de comprendre la signification de ces représentations au sein de la scène métal.
1- Les codes de l'apparence
Nous avions décrit quelques pages plus haut l'amateur de Métal en ces termes : « 15-16 ans, t-shirt à l'effigie d'un groupe de Métal, jean, prédominance pour la couleur noire, et bien sà »r l'inévitable crinière de cheveux longs. ». Nous avions aussi pris quelque peu nos précautions en précisant que cette description s'avérait tout autant un portrait-type qu'un portrait-cliché selon le point de vue, et qu'à notre goà »t celui-ci relevait plus d'une description de la première vague du public métal. Car en effet, au cours de l'évolution du genre, le look s'est lui aussi totalement diversifié : parallèlement à la myriade de sous-courants apparus, de nouveaux éléments d'identification ont éclos, pour alors être arborés par de nouveaux publics en émergence, ceux-ci cherchant à affirmer leur propre et distincte identité musicale. Le tout cuir (blouson, pantalon), allié aux chaînes et clous se révèle plus particulièrement l'apanage
180 Cf I)B)1) Portrait des acteurs du milieu Métal
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du Heavy-metal (c'est-à -dire du Métal des années 70), en cela représenté par un des grands chefs de file de l'époque : le groupe JUDAS PRIEST. Il faut en effet noter qu'il y a souvent corrélation entre l'apparence des groupes en vogue et celle du public se réclamant de ces groupes. Les tatouages181 eux aussi ont dès le début fait recette dans le milieu métal (en cela hérité des Hell's Angels et plus globalement du milieu motard), les piercings et autres formes d'anneaux quant à eux se sont démocratisés un peu plus sur le long terme. De nombreux attributs pourraient encore être cités : bracelets à clous, écussons sur les vestes en jean (rare de nos jours, plus particulièrement lié à l'époque de la NWOBHM, c'est-à -dire IRON MAIDEN et consorts), le maquillage aussi (dans le Glam ou le Black-metal, mais sous deux perspectives différentes : la première plus efféminée, la deuxième plus glauque182), ou à l'opposé le port de treillis ou même de jogging-baskets (variable, dans le Metal-crossover ou encore le Deathmetal à ses débuts). Mais, ce qu'il importe de souligner, c'est l'importance des différents codes visuels liée à l'émergence des nombreux et différents styles : chaque courant porte ses propres valeurs qu'il distingue par tout un attirail vestimentaire ou symbolique. Certains sont plus proches que d'autres en terme d'apparence (Heavy-metal et Black-metal par exemple), d'autres sont littéralement opposés (Black-metal et Néo-metal). Les deux illustrations photographiques suivantes vont permettrent de mieux comprendre nos propos :
Korn
181 Pour une analyse de la symbolique du tatouage, on peut consulter Gérard Pirlot, Violences et souffrances à l'adolescence, Paris, L'Harmattan, coll. Psycho-Logiques, 2001, pp. 168-169.
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Voir à ce propos notre note sur le corpsepaint lorsque nous parlions du Black-metal au début de notre mémoire (cf p. 29). Voici d'ailleurs afin de préciser sa signification, la définition qu'en donne F. Martin dans son glossaire : « La peinture cadavérique réintroduite par Euronymous. Se farder la face de blanc crayeux et autour des yeux et de la bouche noircir au corbeau en inventant un graphe personnel [voir notamment notre photo d'Immortal, infra]. Une pratique de chevaliers d'Ordres : Teutoniques, mais aussi castillans et scandinaves, qui se badigeonnaient ainsi avant les combats pour défier la mort en mimant la tête du cadavre qu'ils allaient devenir au cours de ladite bataille. », in Frédérick Martin, Eunolie — Conditions d'émergence du Black Metal, op. cit., p. 195.
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Immortal
On ne peut que constater, au travers de ces deux photos — la première représentant un chef de file du Néo-metal (KoRN) et la deuxième un pionnier du genre Black-metal (IMMORTAL) — la différence en terme d'image qui est véhiculée au travers de ces deux portraits. Bien sà »r, nous avons choisi deux exemples sensiblement opposés, mais la disparité n'en est ainsi que plus évidente : ces deux groupes font du Métal, mais ce sont deux sortes de Métal aux valeurs divergentes, ce qui est entre autres véhiculé par l'attitude prônée et l'imagerie mise en place.
S'il y eut une constante relativement ancrée dans l'apparence visuelle du genre métal, c'est la suivante : les cheveux longs. Comme le déclare Weinstein, « les cheveux longs forment le trait caractéristique le plus crucial de la mode métal »183. En effet, longtemps cette particularité, dérivée de la contre-culture hippie184, fut la marque de reconnaissance entre les
183 « Long hair is the most crucial distinguishing feature of metal fashion », Deena Weinstein, op. cit, p. 129.
184 Ce que confirme Weinstein et Hein :
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fans de Métal : l'appartenance ne pouvait être sincère sans cette marque capillaire. Mais avec le temps, ce signe distinctif s'est plus ou moins dissout : le crâne rasé a fait son apparition ainsi que d'autres formes de coiffure (par exemple les dreadlocks empruntées à la culture rasta / reggae185). Néanmoins, cet attribut visuel est toujours présent, et semble encore le plus représentatif, d'un point de vue physique, de l'essence corporelle liée au Métal.
La construction de l'image bodybuildée de certains groupes de Méta1186 serait aussi à prendre en compte pour mieux saisir l'image quelque peu "méchante" véhiculée dans le genre, le visuel représenté sur les pochettes d'album également (que l'on retrouve aussi imprimé sur les T-shirt, dont le port reflète, si l'on tente de synthétiser la signification d'un tel acte, les trois aspects suivants : identification, soutien, revendication), la typographie des logos représentant les groupes (bien différente selon les styles), etc. Tout autant l'aspect scénique du concert, avec ses techniques d'éclairages187, ses effets pyrotechniques parfois, la décoration de la scène, le jeu et le comportement des musiciens sur celle-ci, en somme toutes autres manifestations liées au spectacle / concert métal mériteraient également une analyse particulière afin de mieux comprendre ce que peuvent exprimer ces représentations.188 Autant dire que les occurrences se révèlent relativement nombreuses, et nous ne pouvons ici que dresser un portrait rapide et condensé de ces divers attributs.189 Cependant, notre discours portant sur le visuel, il nous semble qu'un petit nombre d'illustrations diverses peut permettre — afin de conclure sur ce point et aborder le stade de la réflexion vis-à -vis de ces phénomènes — de mieux percevoir la profusion de signes et de symboles qui traversent ce genre qu'est le Métal.
- Deena Weinstein, op. cit, p. 129: « Metal hair is down-the-back long, similar to and derived from the hippie, counterculture hairstyle. »
Traduction : « Les cheveux dans le style Métal sont longs et tombent dans le dos, en ce sens ils sont semblables et dérivés du style de coiffure des hippies, de cette contre-culture. »
- Hein élargit quant à lui l'influence du mouvement hippie : « [...] l'allure des premiers groupes de hard rock et de heavy metal est encore largement redevable de la période hippie. », Fabien Hein, op. cit., p. 144.
185 Plus particulièrement dans le Néo-metal et le Métal-crossover (ce dernier étant aussi parfois dénommé sous le terme générique de Fusion).
186 Le groupe MANOWAR peut en être un bon exemple. Cf aussi sur ce point relatif à l'image "musclée" du métalleux : Deena Weinstein, op. cit., p. 131.
187 On peut à ce propos consulter sur ce point l'article suivant : « Le spectaculaire dans les concerts de rock et variétés : les éclairages », in Anne-Marie GOURDON (dir.), Le rock : aspects esthétiques, culturels et sociaux, Paris, CNRS, coll. Arts du spectacle, 1994, pp. 65-71.
188 Un certain nombre de passages disséminés dans nos ouvrages références sur le Métal traitent ces différents points : notamment Deena Weinstein, op. cit., pp. 30-31 (sur les « light shows »), et Robert Walser, op. cit., p. 109.
189 Pour un listing un peu plus complet, consulter notamment Fabien Hein, op. cit., pp. 144-147.
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Quelques pochettes d'albums accompagnées de leur logosl" :
VAN HALEN — Van Halen (1978)191
(Heavy-metal)
CANNIBAL CORPSE — Butchered At Birth (1991)
(Death-metal)
190 Pour les différentes tendances d'illustrations graphiques dans le Métal, cf. aussi Fabien Hein, op. cit., pp. 166167.
On peut aussi consulter le site Internet suivant http://metalartwork.free.fr/ qui regroupe un certain nombre de pochettes scannées avec une bonne résolution.
191 Robert Walser fait une petite analyse de cette pochette dans son ouvrage à la page 51.
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IMMORTAL - Pure Holocaust (1993)
(Black-metal)
KORN - Korn (1994)
(Néo-metal)
On peut notamment remarquer sur ces quelques exemples visuels de pochettes d'albums la disparité entre chacune d'elles suivant le style dans lequel évolue le groupe, mais aussi suivant l'année à laquelle est sorti l'album (l'album de VAN HALEN est par exemple symptomatique de son époque, peu de CD's de Métal ont aujourd'hui une telle photo en couverture).
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2- Deux symboles récurrents de l'imagerie Métal
Voici en outre, pour conclure cet épisode illustratif, deux symboles très utilisés dans le milieu métal :
Le Pentagramme inversé
Le pentagramme, étoile à cinq branches représentant les différents éléments (terre, air, eau et feu) alliés à l'homme (ou l'esprit), n'est pas à l'origine un symbole satanique. Inversé (une pointe vers le bas, deux vers le haut), il représente le Baphomet (c'est-à -dire le bouc ou démon à cornes, comme on peur le voir sur cette illustration) et chez les satanistes (plus particulièrement ceux adeptes de « l'Eglise de Satan » fondée par Anton Lavey) ce signe représente le Mal par excellence. De par les nombreuses accointances, fondées ou non, entre l'imagerie du Métal et cette idéologie, ce signe s'avère souvent arboré sous forme de collier ou de badges par notamment certains adeptes de Black-metal ou de musique gothique.
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Le « Signe de la bête »
Encadré en rouge, voici le fameux « signe de la bête » dont nous parlions dans notre paragraphe consacré au satanisme192. Le groupe présenté ici est SYMPHONY X, un groupe de Métal-Symphonique/Progressif n'ayant aucun lien avec quelconque propos ou images sataniques dans sa musique. En ce sens, cela appuie notre théorie selon laquelle ce signe est inhérent au milieu métal et représente avant tout la satisfaction du spectateur qui tend son poing de cette manière Par souci d'objectivité, il faut aussi souligner que les bras tendus n'effectuent pas tous le signe "sataniste" : on peut relever ici et là un simple doigt tendu (l'index entouré en vert, au premier plan), ou encore un simple pouce relevé (cadre bleu), ces gestes exprimant eux aussi le plaisir lié au concert.
3- Conclusion
Tout ce visuel que nous venons de présenter est bien sà »r relayé par les magazines et vidéos spécialisés193, qui, par leur diffusion massive auprès de la population intéressée, font le lien entre les nouveaux apparats visuels émergents et le public, tout en renseignant sur leur
192 Cf pp. 52-54 dans notre mémoire.
193 Cf Deena Weinstein, op. cit., pp. 171-180 (Videos, Movies, Magazines) ; Robert Walser, op. cit., pp. 108-128 (pour quelques analyses de vidéos, ainsi qu'une réflexion sur la portée de ces médias).
Par ailleurs, un documentaire-fiction intéressant sur le Métal (e
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