Chanter
Retour à l'index le-chant.euD'où l'extraordinaire complexité des phénomènes mis en jeu : en simplifiant énormément, on peut dire que le chant est produit par l'air expiré heurtant et faisant vibrer les cordes vocales.
— La hauteur du son est déterminée au niveau du cerveau, selon la vitesse de propagation de l'influx nerveux.
— L'intensité du son dépend de la pression du souffle et du tonus des cordes vocales.
— Le timbre dépend de la forme de la cavité pharyngo-buccale et des résonateurs crâniens, ainsi que de nombreux facteurs endocriniens.
La voix mue chez les garçons avec la puberté : les modifications de l'équilibre endocrinien amènent la substitution de la voix « de poitrine » (monophasée) à la voix « de fausset » (biphasée). Les femmes conservent leur voix biphasée, tandis que la ménopause entraînera chez elles une transformation notable, équivalente dans son principe (sinon dans tous ses effets) à la mue des garçons de quinze ans.
La voix du chanteur n'est rien moins que naturelle. Elle est le résultat d'un long travail, lui-même issu d'une évolution historique.
Classification des voix
Actuellement, la classification (un peu arbitraire, mais issue d'une longue expérience) est la suivante :
Femmes
LES VOIX
I. SOPRANO
Alors qu'un violoniste fait sonner un violon, l'organiste un orgue, le flûtiste une flûte, construits spécialement dans le but de produire Colorature, ou soprano léger. Le terme colorature signifiait à l'origine « virtuosité » et s'appliquait à toutes les voix. Il s'applique
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aujourd'hui à un type de soprano très étendu vers l'aigu et capable d'effets rapides et brillants. Ex. : la Reine de la Nuit, dans la Flûte enchantée.
— Soprano lyrique. Voix brillante et étendue. Ex. : Marguerite, dans Faust de Gounod.
— Soprano dramatique. Disposant en outre de notes graves, sonores et sombres. Ex : Isolde, dans Tristan.
— Mezzo soprano. Intermédiaire entre soprano et contralto. Ex. : Chérubin, dans les Noces de Figaro.
2. CONTRALTO
(souvent Alto en abrégé), prolongeant le registre médian vers le grave grâce au registre « de poitrine ». Ex. : Ortrude, dans Lohengrin.
Hommes
I. HAUTE-CONTRE
— Voix d'homme très aiguë, égalant ou dépassant le registre du contralto vers l'aigu. Cette voix très prisée avant 1800 est celle des principaux personnages de l'opéra français ancien (Lully, Campra, Rameau), d'une part des opéras italiens, du contralto des cantates de Bach, etc. Pour le sopraniste et le castrat, voir plus loin.
2. TÉNOR
— Ténor léger. Voix brillante à l'aigu facile, ou, chez Mozart et Rossini par exemple, voix légère et suave. Ex. : Almaviva dans le Barbier de Séville de Rossini. Tamino dans la Flûte enchantée.
— Ténor lyrique. Proche de la précédente, plus large et plus timbrée.
— Ténor dramatique. Plus éclatante dans l'aigu, plus large encore dans le médium. Ex. : Lohengrin.
— Ténor héroïque. Moins riche d'aigus, plus large vers le grave, volume sonore important. Ex. : Tannhâuser.
Les instruments, l'orchestre, les voix 61
3. BARYTON
— Baryton « Martin ». Voix claire et souple, proche du ténor. Ex. : Pelléas de Debussy.
— Baryton « Verdi ». Ex. : Rigoletto de Verdi.
— Baryton-basse. Plus à l'aise vers le grave, capable d'effets dramatiques. Ex. : Wotan dans la Walkyrie.
4. BASSE
— Basse chantante proche du baryton, plus volontiers lyrique que dramatique. Ex. : Boris Godounov de Moussorgski.
— Basse noble ou basse profonde très étendue vers le grave. Ex. : Sarastro dans la Flûte enchantée.
Histoire du chant
Le chant est évidemment l'expression la plus directe, la plus spontanée, du sentiment musical chez l'homme, et du sentiment tout court. Aucune race, aucune culture qui ne le connaisse et ne le pratique. Mais, quelles que soient ces cultures, on remarque partout deux tendances contraires, qui se retrouvent dans les formes les plus primitives et les plus spontanées, comme dans les plus recherchées et raffinées.
1. Le chant est une codification ou une amplification de la parole. De la litanie au récitatif, du chant syllabique des tragiques grecs aux psalmodies des moines bouddhistes, de la chanson de geste à l'évangéliste des Passions de Bach.
2. Le chant a une valeur en lui-même, le plaisir de chanter et d'entendre chanter est indépendant de la parole ou du vers ; les
mélismes 8, l'ornementation, le « bel canto » se retrouvent sous
diverses formçs aussi bien dans un Alleluia grégorien, dans une mélopée arabe ou espagnole, que dans une aria italienne ou dans un air de Haendel.
8. Une seule syllabe prolongée par le chant sur plusieurs notes : le mélisme grégorien aboutira à la vocalise italienne, à l'opposé du chant syllabique (une note par syllabe).
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Ces deux tendances opposées se retrouvent dans la musique occidentale à toutes les époques, tantôt isolées plus ou moins (l'opéra italien du 17e et du 18e siècle s'émerveille de roulades et de vocalises, tandis que l'opéra français de la même époque, plus intellectuel, se contraint à calquer la parole), tantôt unies en une synthèse plus ou moins heureuse.
L'Italie et le Bel Canto. Le chant se développe particulièrement en Italie à partir de 1600, lorsque la monodie accompagnée supplante la polyphonie. Les deux tendances coexistent dès l'origine, et sont parfaitement maîtrisées par Monteverdi. Mais dès le 17e siècle, l'amour du beau chant (buon canto puis bel canto) l'emporte et conduit au perfectionnement de l'ornementation vocale (maîtrise du vibrato, trilles, roulades, colorature). L'opéra napolitain, exporté dans toute l'Europe, affirme et assure pour longtemps le triomphe de la virtuosité vocale.
Le règne des castrats. Ce goût de la virtuosité trouve son achèvement dans le phénomène du castrat, qui conserve adulte, par l'opération chirurgicale qui le rend eunuque, sa voix d'enfant augmentée de tout l'acquis de la culture et de l'art. Les castrats règnent sur l'Europe au 18e siècle. Formés dans des écoles spéciales, ils acquièrent une virtuosité sans pareille (vélocité et tenue du souffle, maîtrise du timbre, étendue de trois octaves, expression). L'opéra à l'italienne est écrit pour eux, et ils y tiennent aussi bien des rôles masculins que travestis, au mépris d'une vraisemblance dont les contemporains n'avaient cure (Jules César avec une voix de soprano !). Les grands castrats sont les vedettes de l'Europe baroque, et réalisent des fortunes auprès desquelles nos plus grandes vedettes de cinéma ne sont que des amateurs. Farinelli chantait cent cinquante notes d'une seule haleine. Par ailleurs homme sérieux et grand artiste, il parcourt l'Europe ; on se l'arrache à prix d'or. Ayant chanté devant Louis XV et ayant reçu en remerciement un coffret d'or constellé de diamants et rempli de pièces d'or, il déclara, outré, qu'il ne remettrait jamais les pieds dans ce pays de mendiants...
Ce phénomène, sociologique autant qu'artistique, rend aujourd'hui difficile ou impossible l'exécution de toute une part du répertoire du I 8e siècle. L'institution des castrats pouvait être liée en partie à la prohibition ecclésiastique du chant exécuté par les femmes dans les églises. Mais le fait que les castrats aient été aussi nombreux et aussi prisés dans le royaume laïque de Naples, par exemple, que dans les États pontificaux, et dans la musique profane que dans la musique religieuse, suggère toute une esthétique propre à l'époque et liée à une conception spécifique de la sexualité (cf. à ce sujet le Porporino de Dominique Fernandez).
Le dernier grand castrat, Moreschi, mort en 1922, a enregistré en 1902 de précieux cylindres.
Les instruments, l'orchestre, les voix 63
Mozart. A la fin du 18e siècle, les excès de la virtuosité vocale amènent une réaction. Mozart rend sa noblesse à la voix féminine, intègre le chant au drame, fait du chanteur un « personnage ». D'où la merveilleuse plénitude de ses oeuvres, admirable synthèse entre le « bel canto » réduit à ses justes proportions, et l'expression lyrique et poétique.
Au débouché du romantisme, trois génies, Verdi, Wagner et Debussy, opéreront, de façon divergente, des révolutions dans l'art du chant par les exigences nouvelles qu'impliquent, à l'égard des cantatrices et des chanteurs, leurs esthétiques. Et il va se produire la même mutation dans le chant que dans l'orchestre : on devra trouver autant de techniques et d'esthétiques du chant qu'il se trouvera d'oeuvres nouvelles à chanter.
La voix
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