Chanter les gammes

Retour à l'index le-chant.eu

GAMME CHROMATIQUE
4> 4>
(On peut évidemment remplacer les notes dièses par des notes bémols : do dièse = ré bémol, ré dièse = mi bémol, etc.)
Voici une série : celle de la Symphonie, opus 21 de Webern :
Exemple 10.
On remarque que les douze sons de la gamme chromatique sont énumérés, et qu'aucun- d'entre eux n'est répété. Dans une oeuvre sérielle, les notes de la série sont toujours jouées dans l'ordre strict choisi au départ. Elles peuvent être également groupées en accords. D'autre part, la série peut subir toutes les manipulations propres au travail du contrepoint (cf. ci-dessous). Enfin, la série peut être transposée, c'est-à-dire démarrée sur une autre note initiale, tout en conservant la même structure mélodique — les mêmes intervalles aux mêmes endroits.
Au début du 20e siècle, les compositeurs n'ont pas tous adopté le système sériel. Mais tous, par contre, insatisfaits du système tonal devenu caduc, ont cherché à s'en évader. Certains — Ravel, Debussy — sont revenus aux modes anciens, les mêlant dans leurs oeuvres à des passages écrits dans le système tonal — très « aménagé » cependant par l'intervention d'accords de plus en plus complexes et par l'ajout de « notes étrangères » (voir ci-dessous). Exemples : Debussy, Fêtes (Nocturnes) ou la Mer ( 1 er mouvement). Ils ont également utilisé la gamme pentatonique et la gamme par tons (appelées parfois improprement gammes défectives ou modes défectifs).
La gamme pentatonique — ou mode pentaphone—, caractéristique de la musique chinoise, est une suite de cinq sons dont on peut entendre l'effet en jouant uniquement sur les touches noires d'un piano (cf. Debussy, Pagodes — dans les Estampes —).
Dans la gamme par tons — comme son nom l'indique — les notes
sont toutes séparées par un ton (cf. Debussy, Pour le Piano (Prélude).)
D'autres compositeurs sont allés jusqu'à superposer des tonalités différentes. C'est le cas de Darius Milhaud qui a fait un emploi parfois même abusif de la polytonalité.
LE CONTREPOINT
On appelle contrepoint l'art de combiner entre elles les lignes mélodiques. Le premier « geste contrapuntique » s'est exprimé au Moyen Age, vraisemblablement au 9e siècle, lorsque les moines eurent l'idée d'accompagner le plain-chant par une seconde voix suivant parallèlement la mélodie grégorienne à une distance de quarte : cette première polyphonie (musique à plusieurs voix) s'appelait l' organum. A chaque note du plain-chant correspondait une note d'accompagnement : puctum contra punctum — point contre point. De là vient le terme de contrepoint.
Au I 1 e siècle, le contrepoint s'enrichit : les voix qui accompagnent le plain-chant ne lui sont plus parallèles, et se déplacent plus librement, et non plus note contre note.
L'art du contrepoint connaît son apogée avec l'oeuvre de Jean- Sébastien Bach, qui en utilise merveilleusement toutes les possibilités.
En voici quelques-unes
— Le canon : tout le monde a chanté Frère Jacques en canon : la même mélodie est reprise successivement par les différentes voix.
— Le mouvement contraire : consiste à jouer ou à chanter tous les intervalles « à l'envers » ; par exemple, une tierce ascendante devient descendante, etc.
Exemple II.
Frère Jacques PAR MOUVEMENT DROIT (NORMAL)
ET PAR MOUVEMENT CONTRAIRE.
74 Lexique musical raisonné
— Le mouvement rétrograde : consiste à commencer une mélodie par la fin et à revenir au début.
Exemple /2.
Frère Jacques PAR MOUVEMENT RÉTROGRADE.
— On peut aussi combiner mouvement contraire et mouvement rétrograde :
Exemple 13.
Frère Jacques PAR MOUVEMENTS CONTRAIRE ET RÉTROGRADE.
Érl- FM: railla
LES INTERVALLES
Le solfège et l'harmonie 75
— les sixtes mineure, ex. mi-do, et majeure, ex. do-la ;
— la septième diminuée, ex. si-la bémol ;
— la septième mineure, ex. si-la
— la septième majeure, ex. si-la dièse ;
— l'octave, ex. do-do : l'octave est le redoublement de la même note, à distance du premier son harmonique.
Après l'octave, les intervalles sont le redoublement de tous ceux que nous venons de décrire :
— la neuvième est formée d'une octave + une seconde : comme la seconde, elle peut être majeure ou mineure.
Exemple 14.
SECONDE. MAJEURE. NEUVIÈME MAJEURE.
do ré do ré
L'HARMONIE

«IMM.» M1110111•••^•••IMIMIMM MI al •
LA DYNAMIQUE
Il s'agit aussi d'une mesure à deux temps, dans laquelle chaque temps est divisible par trois (deuxième mesure de l'exemple 21). Dans la troisième mesure, on lit un duolet. rythme binaire.
Il existe les mêmes possibilités de variations rythmiques que de variations mélodiques ou harmoniques. Quelques exemples :
— la diminution rythmique : une même formule est rejouée plus vite.
— l'augmentation : la même formule est rejouée plus lentement.
— la polyrythmie : plusieurs phrases rythmiques très diversifiées sont jouées simultanément. Il est fréquent d'entendre un rythme binaire superposé à un rythme ternaire par exemple.
— le perpetuum rythmique est un mouvement perpétuel qui fait défiler pendant un certain temps toujours les mêmes valeurs : par exemple, uniquement des doubles croches.
— l'ostinato rythmique est l'adoption d'une formule rythmique répétée inlassablement.
— le canon rythmique procède de la même démarche que le canon mélodique.
Le rythme a suivi la même évolution que les autres éléments de la langue musicale. Comme l'harmonie ou le contrepoint, il est devenu de plus en plus complexe. Peu à peu s'imposa le charme des mesures inégales (cf. Barték) ; puis le rythme s'enrichit de la
Source de vie indispensable à l'oeuvre musicale, la dynamique désigne les fluctuations de l'intensité. On ne peut pas jouer une oeuvre sans faire de « nuances ». Il serait insupportable à l'auditeur et au musicien de subir un morceau de musique uniformément fort ou uniformément doux. A l'instar de tous les autres paramètres musicaux, la conception de la dynamique s'est affinée au cours des siècles. Jusqu'à l'époque de Mozart, on négligeait souvent de noter les « nuances » sur la partition de musique, laissant à l'interprète la liberté de les choisir en fonction de sa propre perception de l'oeuvre. Mais, plus la musique écrite devient complexe, moins le compositeur fait confiance à l'instrumentiste. Le compositeur, de plus en plus exigeant et précis, multiplie les indications de jeux sur sa partition ; dans la musique contemporaine, il est fréquent de voir indiquée sur la partition une nuance pour chaque note (cf. Boulez) !
Les nuances les plus courantes sont :
— Pianissimo,; très doux ; notation : pp
— Piano : doux : p
— Mezzo-forte : à moitié fort (nuance moyenne) : mf
— Forte : fort : f
— Fortissimo : très fort ff
— Sforzando : brusque renforcement de l'intensité : szf
82 Lexique musical raisonné
— Crescendo : indique qu'il faut augmenter progressivement l'intensité ; on peut également le noter ainsi :
— Diminuendo : en diminuant ;
autre notation :
- Mezzo voce : à mi-voix
— Sotto voce : murmuré.

LES GENRES MUSICAUX (MUSIQUE VOCALE).
Ar iette
Morceaux et oeuvres brèves.
Madrigal
Le premier genre musical vraiment moderne après les genres du Moyen Age : sur sa naissance, son épanouissement, sa diversification, cf. infra, pp. ss ; sur son apogée (qui marque en même temps son achèvement historique) chez Monteverdi, cf. infra, p. 366 sq.
Aria (air)
Mélodie largement développée, accompagnée généralement par l'orchestre, destinée à une ou un soliste dont elle cherche souvent à faire valoir la virtuosité, et qui prend place dans une oeuvre vocale (opéra, oratorio, cantate) ; elle peut aussi constituer une pièce séparée (les « arias de concert » écrites par Mozart pour ses cantatrices préférées et qui sont parmi les plus belles). Sur la naissance et le développement de l'aria dans l'opéra italien et surtout napolitain de la fin du 17e siècle, cf. infra, p. 378 sq.
L'aria peut adopter les formes les plus variées : ostinato, binaire et surtout da capo à partir d'Alessandro Scarlatti. Ce qui la caractérise,
3. La réexposition enchaîne souvent à une coda qui termine le morceau : péroraison du discours musical, elle exploite souvent un des thèmes principaux qui ont soutenu ce discours ; souvent brillante et triomphale il lui arrive aussi, surtout chez Beethoven, de se faire inquiète comme si elle apportait une nouvelle couleur de mystère ou de conclure abruptement sur un coup de force ou une citation tronquée. Les morceaux de la musique dite « classique » ne s'achèvent pas obligatoirement sur des fanfares aussi raisonnables que rassurantes.
Petite aria, parfois de virtuosité (chez Rameau), mais souvent expressive de sentiments simples et non apprêtés, et très usitée à ce titre dans l'opéra-comique. Le nom passera à la musique instrumentale avec deux courtes pièces de Joseph Haydn pour aboutir étrangement à ce chef-d'oeuvre : l'Arietta qui achève la Sonate opus 111 de Beethoven. Dans la musique vocale, il réapparaîtra avec les Ariettes oubliées de Debussy.
Arioso
Forme moins stricte tenant le milieu entre l'aria et le récitatif accompagné (surtout narratif) ; il apparaît dès Monteverdi, Haendel et Bach (Passions) et fraye la route à la fusion du drame moderne. Beethoven en reprend le nom dans l'Arioso dolente de la Sonate opus 110.
Cantilène
Au Moyen Age, pièce appartenant au chant sacré ou au chant épique profane (évolution de la cantilène à la chanson de geste). Se dit ensuite de pièces instrumentales : toujours un morceau construit autour d'une mélodie liée et très chantante, que le morceau soit à une ou plusieurs voix, vocal ou instrumental.
Cavatine (du latin « cavare » : creuser)
A l'origine, prolongement mélodique du récitatif accompagné précédant l'aria, ne comportant qu'une seule section sans reprise, puis morceau séparé de caractère simple et expressif (Cavatine de Barberine dans les Noces de Figaro). Par extension, pièce instrumen-
98 Lexique musical raisonné Les formes et les genres musicaux 99
tale très mélodique, de caractère lyrique, qui ne comporte pas de développement central : la sublime Cavatine du Treizième Quatuor de Beethoven.

Retour à l'index le-chant.eu